Créée en mai 2024 pour remplacer la très critiquée SOTRADER, la Société d’Agriculture et d’Élevage du Gabon (SAEG) était censée incarner un nouveau départ dans la stratégie nationale d’autosuffisance alimentaire. Un an plus tard, les interrogations sont nombreuses et les résultats, eux, demeurent invisibles. La SAEG est née d’une volonté politique forte, celle du président Brice Clotaire Oligui Nguema, de rompre avec la gestion opaque et peu efficiente de la filière agricole sous le régime précédent. Entérinée par le Conseil des ministres du 14 mai 2024, elle est juridiquement encadrée par la loi N°032/2024 du 31 août 2024, elle-même ratifiant l’ordonnance N°0013/PT/MAEP du 20 septembre 2024. Son décret de promulgation (N°0089/PR) a été signé le 30 janvier 2025. En quelques mois, les équipes dirigeantes sont nommées : Samson Ngomo comme PCA, Aubert Ndjila à la direction générale, assisté de deux DGA spécialisés, Calixte Mbeng (Agriculture) et Jean Heyman Missanda (Élevage). Le 12 septembre 2024, les derniers postes de conseillers viennent compléter l’organigramme. La machine est en place. L’objectif affiché est audacieux : atteindre l’autosuffisance alimentaire à l’horizon juin 2025 pour les filières riz, banane, taro et poulet. Et amorcer, dans le même temps, une diversification vers le cacao, l’hévéa, le palmier à huile ou encore la filière viande bovine. Une convention est même signée avec la Société gabonaise de garantie (SGG) pour faciliter l’accès au financement des agri preneurs. Le cap est ambitieux, les intentions claires. Mais l’exécution, elle, reste insaisissable.
Un an après, toujours aucun chiffre
À l’heure du premier anniversaire de la SAEG, le constat est troublant : aucun rapport public d’activité n’a été publié. Aucun tableau de bord, aucun tonnage produit, aucune cartographie des exploitations actives. Le site internet récemment mis en ligne, dont la seule indication tangible est l’adresse des bureaux à Tsanguettes (Akanda), reste vide de toute donnée exploitable. En somme, l’opacité demeure, et l’on ne peut que déplorer une forme de continuité silencieuse avec la SOTRADER. Pourtant, sur le terrain, les besoins sont immenses. Le coût des denrées alimentaires reste élevé, les marchés sont toujours dominés par les importations, et les coopératives agricoles locales se plaignent de n’avoir ni matériel, ni semences, ni accompagnement. Certes, des distributions symboliques de matériel agricole ont eu lieu dans les provinces, mais aucune donnée ne permet de les relier à une stratégie structurée ou à une montée en puissance de la production nationale.
Risque de répétition ou potentiel en sommeil ?
Cette absence de transparence commence à agacer les observateurs, y compris dans la société civile. L’organisation IDRC Africa, par exemple, appelle à une gouvernance rigoureuse pour éviter un nouveau fiasco comme ceux observés avec les programmes Graine, PDAR ou PRODIAG. La tribune publiée sur Gabonreview en novembre 2024 posait déjà la question : la SAEG est-elle réellement au service du développement agricole ou simplement un nouvel habillage pour des pratiques anciennes? Le paradoxe est là : l’État a enfin doté le pays d’un instrument institutionnel clair pour piloter l’agriculture et l’élevage. Mais faute de données, de communication, de visibilité concrète sur les filières en production, ce potentiel reste enfoui. À filières en production, ce potentiel reste enfoui. À défaut de prouver son efficacité, la SAEG entretient le doute. Il est encore temps de renverser la tendance, mais cela passe par des preuves, pas par des slogans.