Dans le fief présidentiel, l’UDB filtre-t-elle ses propres candidats? Ne fragilise-t-elle pas son discours de transparence?
À quelques semaines des législatives prévues les 27 septembre et 11 octobre 2025, le climat politique gabonais s’alourdit. Dans le département de Lékabi-Lewolo, terre natale du président Brice Clotaire Oligui Nguema et bastion de l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB), une polémique vient fragiliser le discours officiel sur la transparence. George Chris Tigalekou, jeune candidat de l’UDB, a été purement et simplement écarté des listes électorales malgré le dépôt d’un dossier complet. Sa réaction ne s’est pas fait attendre. Légaliste, il a saisi la Cour constitutionnelle, demandant que « justice soit faite ». Dans sa lettre, il dit ne pas comprendre les raisons de son exclusion et appelle à un arbitrage impartial. Derrière cette démarche, se cache une réalité plus préoccupante : comment expliquer qu’un parti au pouvoir écarte ses propres candidats dans son fief le plus symbolique ?


Car Tigalekou n’est pas un cas isolé. Plusieurs dizaines d’autres postulants affirment avoir déposé des dossiers complets mais ne figurent sur aucune liste validée la commission nationale d’organisation des élections et du referendum (CNOCER). L’argument bureaucratique de la « conformité » ne suffit plus. Ces évictions massives soulèvent une suspicion : le processus de sélection des candidatures obéit- il réellement à des critères objectifs, ou sert-il de filtre politique au service d’intérêts particuliers ? La situation devient d’autant plus embarrassante que Lékabi-Lewolo n’est pas un département comme les autres. Avec Ngouoni comme chef-lieu, et des localités comme Ondili, Eyouga ou Assiami, cette circonscription incarne le cœur politique du chef de l’État, fondateur de l’UDB. Y éliminer arbitrairement un jeune leader local, porteur de nouvelles ambitions, envoie un signal contradictoire : celui d’un verrouillage des candidatures dans une zone qui devrait être vitrine démocratique.
Ce paradoxe est révélateur. Alors que le régime affiche une volonté de rupture avec les pratiques opaques du passé, le cas Tigalekou rappelle les vieilles méthodes : filtrer, exclure, neutraliser. Le discours de transparence électorale peine à convaincre si, dès la phase de validation, des candidatures sont balayées sans explication. L’affaire prend donc une dimension nationale. Elle questionne la crédibilité de la Cour constitutionnelle, appelée à trancher ce litige. Confirmera-t-elle une exclusion sans motif clair, au risque d’alimenter le soupçon d’une justice aux ordres ? Ou acceptera-t-elle de rétablir un candidat lésé, envoyant ainsi un signal fort de respect de l’équité électorale ?
Pour ses partisans, Tigalekou représente une alternative, un souffle nouveau dans une région dominée par les figures historiques du régime. Son exclusion pourrait être perçue comme une volonté d’étouffer une émergence politique qui dérange. Pour d’autres, l’affaire révèle surtout les fractures internes à l’UDB, incapable de gérer démocratiquement la pluralité en son sein.
À un mois du scrutin, le Gabon joue sa crédibilité.
Le cas Tigalekou dépasse la simple querelle administrative : il met en lumière la difficulté du pouvoir à concilier discours réformateur et pratiques politiques. Dans le Haut-Ogooué, ce fief présidentiel, la démocratie gabonaise est à l’épreuve.