Les jeunes générations, auxquelles il convient d’enseigner la vraie histoire du pays et non pas celle longtemps falsifiée par le système Bongo-PDG, ignorent peut-être qu’en septembre 1990, après la conférence nationale (mars-avril) qui a rétabli le multipartisme suspendu pendant vingt-deux ans, depuis le 12 mars 1968, les Gabonais ont failli se réapproprier le pouvoir à l’issue des élections législatives. Ce n’est pas faute de le vouloir. C’est parce que le système électoral de l’époque facilitait la fraude. Or, avec le nouveau Code électoral et un minimum d’organisation, les citoyens ont l’occasion en or de faire en sorte que leur voix soit désormais entendue. A cet effet, le 27 septembre 2025, les Gabonais, dont on suppose qu’ils se sont fait inscrire sur la liste électorale, doivent aller massivement voter, afin que les partisans de l’immobilisme soient mis en minorité. Pour que leur vote ne soit pas falsifié, ils assisteront au dépouillement. L’article 152 du Code électoral, qui dispose que « le dépouillement est public », les y autorise. C’est donc un droit. En termes de droits, la nouvelle loi en donne beaucoup aux citoyens, notamment celui d’exiger des scrutateurs qu’ils affichent un exemplaire du procès-verbal (PV) des opérations devant chaque bureau de vote (article 155). Ainsi les électeurs peuvent-ils, après compilation des PV, disposer des résultats authentiques des élections et en connaître les vrais vainqueurs. Ainsi peuvent-ils entreprendre des recours auprès des juridictions compétentes, si d’aventure les résultats rendus par la commission électorale étaient différents de ceux qui sont issus des urnes. Les élections de cette année et celles de septembre 1990 ont en commun de se tenir au moment où le pays sort d’une période de mauvaise gouvernance et de limitation drastique des droits civils et politiques. Humainement, ceux qui ont perdu les privilèges exorbitants qu’ils s’étaient octroyés vont vouloir saisir l’occasion de rebondir par tous les moyens, particulièrement par des moyens déloyaux et illicites. Outre la vigilance des citoyens, la probité des scrutateurs est requise. Dans le temps, le Parti démocratique gabonais (PDG) n’hésitait pas à corrompre les membres du bureau de vote pour permettre le bourrage des urnes. Les représentants des candidats, eux aussi, sont interpellés. Dans tous les cas, comme les membres des commissions électorales, qui ont prêté devant la Cour constitutionnelle le serment d’agir avec impartialité conformément aux dispositions de la loi, toute personne qui se rendrait coupable de fausser les résultats du vote est passible de poursuites judiciaires. C’est aussi la loi ! Elle prévoit de punir les auteurs, complices et bénéficiaires d’un faux, y compris lors d’un processus électoral. En effet, les résultats des élections politiques démocratiques et sincères sont un message que les citoyens envoient à qui de droit. Les dirigeants, en ce qui les concerne, s’ils veulent être en phase et utiles, ont tout intérêt à le prendre en compte.
Grâce à une fraude électorale massive et à l’achat de conscience à un niveau insoupçonné, le PDG avait obtenu de justesse la majorité à l’Assemblée nationale en septembre 1990. Toutefois, ceux qui l’ont vécue et l’histoire conviennent que la 8e législature mérite une place de choix dans les annales de l’Assemblée nationale gabonaise. Elle fut marquée par des débats aussi houleux que constructifs et instructifs, animés par des gens d’une densité intellectuelle qui tend à se raréfier au Parlement. Les députés faisaient régulièrement usage des leviers légaux comme les interpellations et les motions de censure. Hommage à Jules Aristide Bourdès Ogouliguendé, le président de l’Assemblée nationale (PAN) à l’époque, et à Casimir Oyé Mba, le Premier ministre (PM) d’alors, qui respectaient le jeu démocratique. Rien à voir avec les parlementaires mollassons de ces quatorze dernières années et un exécutif désinvolte, méprisant et irresponsable. Des ministres ignorent une convocation par les députés, le PAN, le PM et le président de la République laissent faire. La prochaine Assemblée nationale, émanation du peuple, réellement une Représentation nationale, devra porter les préoccupations des citoyens, particulièrement l’aspiration naturelle au bien-être, à la justice sociale, à l’équité et à l’égalité des chances. Pour ce faire, les Gabonais ont intérêt à bien étudier les profils des candidats auxquels ils vont accorder leurs suffrages. Les plus généreux, certains le sont devenus à des fins électoralistes, ne sont pas forcément les plus aptes à défendre les intérêts des populations ou les plus soucieux des masses. Mais les élections du 27 septembre, c’est également le choix de ceux qui vont gérer les conseils locaux, c’est-à-dire la vie de leurs concitoyens au quotidien pour les cinq prochaines années. Le minimum des précautions est de savoir à qui l’on confie son destin. Le sort des gens peut s’améliorer ou basculer dans les abysses en cinq ans.