Depuis quelque temps, un phénomène inquiétant prend de l’ampleur dans notre pays : l’émergence autoproclamée de prétendus faiseurs de rois, qui tireraient leur légitimité non d’un mandat, ni d’une compétence reconnue, mais d’une proximité réelle ou supposée avec le Chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema.
Ces individus, installés dans une posture d’influence de cour, se permettent désormais d’exiger allégeance et soumission de la part de hauts cadres de la République, au seul motif d’une origine provinciale commune. Ils n’hésitent pas à rappeler, parfois avec une arrogance déconcertante, le rôle qu’ils prétendent avoir joué dans telle ou telle nomination, comme si l’État fonctionnait sur la base de recommandations tribales et de dettes personnelles. Cette dérive est grave. Elle est dangereuse. Et surtout, elle est profondément anti-républicaine. Ce que ces nouveaux limiers d’une autre époque semblent oublier, c’est que la nomination dans la haute administration ou dans les responsabilités politiques ne procède ni d’un parrainage provincial, ni d’une validation clanique. Elle relève exclusivement de l’autorité du Président de la République, et de lui seul. Nul n’est tenu d’intégrer une basse-cour politique en contrepartie d’une fonction républicaine. Nul n’a à s’agenouiller devant des intermédiaires autoproclamés. La République ne connaît ni seigneurs locaux, ni chefs de factions, ni présidents bis. Les récentes manœuvres observées, notamment dans le septentrion, où des militants du parti présidentiel ont œuvré à faire échouer leurs propres frères d’armes la tête de liste du département du Woleu en ayant fait les frais illustrent jusqu’où peut mener cette logique de sabotage interne. Quand l’ambition personnelle supplante l’intérêt collectif, le parti devient un champ de ruines.
Le mensonge et l’intrigue comme méthode et stratégie: la Ve République n’est pas un recyclage du passé
Plus préoccupant encore, certaines de ces entreprises de déstabilisation s’appuient sur des procédés indignes : soupçons et accusations infondés, faux rapports, notes officieuses attribuées abusivement aux services de renseignement, alors même qu’elles n’en émanent pas. Une mécanique grossière, mais redoutable, destinée à éliminer des hauts cadres de la République dont le seul tort est de ne reconnaître qu’une seule autorité : celle du Président qui les a nommés. Ces cadres ne revendiquent ni filiation politique occulte, ni protection parallèle. Ils servent l’État. Point. Leur loyauté va à la République, non à des réseaux d’influence en mal de reconnaissance. Ce qui se joue ici dépasse les querelles d’ego. Ces pratiques rappellent dangereusement les méthodes de cour, les intrigues de couloir et les règlements de comptes qui ont longtemps prospéré sous l’ancien régime PDG. Or la Ve République est censée incarner une rupture. Une rupture nette. Une rupture assumée. Ressusciter les réflexes du passé sous couvert de proximité présidentielle, c’est trahir l’esprit même du changement proclamé. C’est affaiblir l’autorité du Chef de l’État au lieu de la renforcer. Car en vérité, ceux qui prétendent le servir se servent surtout de son nom pour asseoir leurs propres velléités hégémoniques.
Un seul maître à bord…
Il faut donc le redire clairement, sans détour : il n’y a qu’un seul maître à bord. Et ce maître, c’est C’BON. Le Président de la République n’a pas de cour, pas de vassaux, pas d’émissaires officieux chargés de distribuer ou de retirer des légitimités. Dans une République digne de ce nom, la seule famille d’un président, c’est la patrie. Lorsque des membres de son entourage biologique ou politique se retrouvent au cœur de manœuvres de trafic d’influence, ce n’est pas seulement l’éthique publique qui vacille : c’est la crédibilité même de l’action présidentielle qui est entamée. Ces pratiques minent le vivre-ensemble, fracturent la cohésion nationale et tirent les valeurs républicaines vers le bas. Elles doivent cesser. Maintenant. La Ve République ne se construira ni par la peur, ni par l’intimidation, ni par le chantage à la proximité. Elle se construira par l’autorité de l’État, la clarté des règles et le respect absolu de l’ordre républicain. Et cela commence par une vérité simple : la République n’a pas besoin de faiseurs de rois. Elle a besoin de serviteurs de l’État.