Dans un régime, les sécurocrates interviennent en dernier ressort, quand les voies de la négociation, celle des fins politiques et des gentlemen, ont, hélas, échoué ! En général, l’irruption des partisans de la ligne dure est mauvais signe, elle révèle que le système est à bout de souffle. Dans la même veine, l’entrée en scène des prestidigitateurs renseigne plus sur l’incapacité à résoudre les problèmes, préférant la diversion, l’enfumage, la fuite en avant. C’est en cela que l’intervention des sécurocrates et des prestidigitateurs dans la crise que connaît le monde de l’éducation au Gabon n’est pas une bonne chose, alors que, après avoir été plébiscité le 12 avril 2025 et prêté serment le 3 mai, le président de la République n’a même pas encore bouclé la première année de son septennat. Les sécurocrates et les prestidigitateurs sont plus nuisibles qu’utiles pour Brice Clotaire Oligui Nguema, qui devrait se méfier d’eux comme de la peste. Hypocrites et opportunistes sans scrupules, ils sont les premiers à faire défection quand les choses se gâtent. Le chef de l’Etat a pu voir avec quelle célérité déconcertante ceux du régime Ali Bongo l’ont rejoint au lendemain du coup du 30 août 2023. Le mois dernier, les durs du régime se sont persuadés que pour éteindre la crise dans le secteur éducatif, au lieu de poser un regard attentif et objectif sur les revendications légitimes des enseignants, il fallait embastiller les deux leaders syndicaux qui s’en faisaient un écho retentissant : Marcel Libama et Simon Ndong Edzo, déjà des voix de stentor sous le régime déchu. A la place de la capitulation qui était attendue d’eux, les professeurs d’école, de collège et de lycée se sont radicalisés. Certains jusqu’à aujourd’hui. La libération de leurs leaders, dont ils avaient fait un préalable au retour à la table des négociations avec le gouvernement, ne les a pas attendris. Le protocole d’accord avec les pouvoirs publics, signé dans des circonstances sulfureuses, ne les a pas non plus décidés à reprendre le chemin des salles de classe. Les menaces de l’inspection générale des services sont sans effet.
Entrent alors en scène les prestidigitateurs, concepteurs d’une communication destinée à présenter les enseignants sous un jour défavorable, en les peignant comme des gens sans cœur, insensibles à la détresse des élèves dont l’année est menacée, incapables de se hisser à la hauteur de privilégier les intérêts supérieurs de la nation, les élèves étant l’avenir du pays. La campagne de diabolisation n’ayant pas porté ses fruits, les illusionnistes choisissent la fuite en avant. Premier acte, ils emmènent le président de la République inaugurer une école primaire dans un contexte où tous les autres établissements scolaires publics du pays sont fermés. Second acte, lundi dernier, les prestidigitateurs obtiennent le passage du chef de l’Etat dans les deux plus grands établissements publics du secondaire de la capitale, à l’effet de donner l’illusion que les cours ont enfin repris. Entre-temps, des divisions au sein des mouvements des enseignants sont apparues ou bien ont été suscitées. Ces manœuvres, en plus de ce qu’elles surexposent le président de la République, donnent lieu à une école à plusieurs vitesses. Des élèves reçoivent certains enseignements et non pas la totalité. D’autres n’ont pas cours du tout. Les enseignants dans six provinces sur neuf ont voté en faveur du maintien de la grève. Pendant ce temps, les élèves inscrits dans les établissements privés ont cours. Qu’il soit mis un terme consensuel à l’enlisement de la crise dans le monde de l’éducation. Le réaménagement du calendrier scolaire participe de la fuite en avant. Il n’est pas dans l’intérêt des élèves que les chargés de cours reprennent du service sans avoir le cœur à l’ouvrage. Dans les faits, c’est depuis début décembre, avant même les vacances de fin d’année, que certains jeunes Gabonais sont privés de leur droit d’accéder à l’instruction. Nous continuons à encourager le président de la République à demander aux gouvernants un effort collectif, afin de résoudre les problèmes des agents publics. C’est une option de justice sociale de nature à le crédibiliser davantage. En conseillant la sobriété à ses ministres et en prenant des mesures de réduction du train de vie de l’Etat, il a montré qu’il est conscient du reproche adressé en permanence au pouvoir d’entretenir une oligarchie ruineuse au détriment du plus grand nombre. Il sera difficile de prouver que, en sus du renversement du dictateur Ali Bongo et du fait d’avoir empêché la dévolution monarchique du pouvoir au profit de Noureddin Bongo Valentin, dont la régence était assurée par sa mère, Sylvia Bongo, le plébiscite de Brice Clotaire Oligui Nguema à la présidentielle ne tient pas à la multitude des mesures sociales prises dès le début de la transition. Le chef de l’Etat avait ordonné le rétablissement de la bourse au secondaire, l’alignement de la pension des retraités sur le nouveau système de rémunération et le paiement de la première tranche. Il avait mis fin au gel du recrutement des fonctionnaires et des concours administratifs, désenclavé certains quartiers de la capitale et construit des infrastructures sociales comme les casernes des sapeurs-pompiers. Brice Clotaire Oligui Nguema, dont le credo était proximité et humilité pendant la transition, a la possibilité et le devoir de convaincre son monde qu’on vient aux responsabilités publiques pour servir et non pour se servir. Tous les indicateurs objectifs signalent que l’année 2026 sera difficile sur le plan financier. Lui qui a renoncé à une part significative de ses fonds de souveraineté est bien placé pour demander à l’establishment de perdre les privilèges superfétatoires. Le président de la République peut être sûr que dans cette entreprise, il bénéficiera du soutien sans faille de la totalité des citoyens modestes qui l’ont porté à la magistrature suprême et qui l’y maintiendront si son mandat leur donne satisfaction.