L’opposition est un couteau à double tranchant

Quand elle est structurée et pertinente, l’opposition est une aide à la décision pour un exécutif attentif aux propositions des forces vives de la nation. Il peut, en effet, arriver qu’une bonne solution à un problème qui se pose au pays vienne d’un milieu extérieur aux tenants du pouvoir. Ce serait une erreur que de croire qu’il n’y a que des brasseurs d’air, des sots et des niais dans l’opposition. C’est dans ce sens que, même dans les grandes démocraties, le chef de l’exécutif est amené à consulter les ténors du camp adverse. Au nom de l’intérêt supérieur de la nation, selon la formule consacrée. A l’image des délégués du personnel et des leaders syndicaux, l’opposition sert, par ailleurs, de soupape, de force d’interposition. Parce qu’elle porte les causes des corps sociaux, par sincérité, opportunisme ou populisme, l’opposition permet d’éviter la cacophonie et les débordements. Le contraire a été vécu en ce début d’année, lors de la grève des enseignants du primaire et du secondaire. Les leaders syndicaux ayant perdu toute crédibilité et l’opposition ayant été mise sous l’éteignoir à l’issue des élections législatives de septembre dernier, les chargés de cours se sont vus obligés de prendre eux-mêmes leurs problèmes en charge. Il en a résulté un radicalisme des instituteurs et des professeurs qui a fait planer une menace sur l’année scolaire et, force est de le reconnaître, qui a sérieusement secoué le gouvernement. Pour la suite, les tenants du pouvoir gagneraient à tirer, en toute objectivité, les leçons de la récente crise dans le secteur éducatif car, si l’on n’y prend pas garde, d’autres corps de métiers pourraient lui emboîter le pas, tant les mobiles de grogne ne manquent pas. Pour avoir voulu à tout prix éteindre l’opposition, y compris par des moyens déloyaux qui ont choqué l’opinion, alors que l’on s’attendait à ce que les élections soient un moment de renouveau après des décennies de tripatouillage des scrutins politiques, les députés de l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB), le parti du président de la République, devraient prendre conscience du revers de la médaille. Ultra-majoritaires à l’Assemblée nationale, ils ont, plus que d’ordinaire, la lourde mission d’aider l’exécutif à gouverner de façon exemplaire et à satisfaire les nombreuses attentes des populations.

Le président de l’institution a déclaré urbi et orbi qu’elle ne serait plus jamais une simple « chambre d’enregistrement » des desiderata du gouvernement. Ancien ministre, Régis Onanga Ndiaye doit savoir de quoi il parle. Quoi qu’il en soit, l’Assemblée nationale dispose de leviers constitutionnels lui permettant de servir d’aiguilleur et d’aiguillon. Elle a, par exemple, au même titre que le gouvernement, l’initiative de la loi. Les Gabonais sont alors curieux de voir les propositions de loi de l’actuelle législature susceptibles d’améliorer significativement leurs conditions de vie misérables. Bien que la présidente du Sénat, novice en politique, n’ait pas pris de grands engagements solennels, elle ne devrait pas ignorer que la configuration actuelle du Parlement met les tenants du pouvoir en demeure de réussir. Cette Chambre aussi est largement dominée par les militants de l’UDB. Sous un autre angle, l’opposition est une menace. Dans un cas de figure où le président de la République, par ailleurs chef du gouvernement, dispose de tous les leviers de commandement, si les résultats ne suivent pas, si sa gouvernance n’est pas exemplaire, les attaques, les qualificatifs dépréciatifs, les noms d’oiseaux et les fréquents rappels du passé détestable de chaque acteur de l’opposition n’y pourront rien. Par dépit, les populations vont lui prêter une oreille attentive. L’opposition pourra ainsi reprendre du poil de la bête, avec la probabilité d’accéder à la plus haute marche du podium. La meilleure façon de combattre l’opposition, c’est donc d’apporter des réponses convaincantes aux nombreuses attentes des populations. Quoiqu’ayant été des figures de premier plan du régime Omar Bongo Ondimba, décrié par les Gabonais, André Mba Obame, en son temps, et Jean Ping, par la suite, ont obtenu l’absolution quand, face à l’échec d’Ali Bongo Ondimba, ils se sont mis à porter les causes de leurs compatriotes.

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