Il n’aura pas fallu longtemps à Ali Bongo Ondimba pour sortir du silence et tenter de reprendre la main. En nommant, depuis l’étranger, Ali Akbar Onanga secrétaire général du Parti démocratique gabonais (PDG), il tourne ostensiblement le dos au directoire issu du dernier congrès, qui avait porté Blaise Loembe à la présidence du parti et Angélique Ngoma au secrétariat général. Ce geste n’est pas seulement une provocation : c’est un acte de défi délibéré, une manière de remettre en cause la légitimité de structures internes validées collectivement, pour imposer une ligne de rupture personnelle. L’obsession de l’ancien président est claire : saboter toute forme de réorganisation du PDG qui se ferait sans lui. Car pour Ali Bongo, le parti ne saurait exister en dehors de son autorité autoproclamée. En parachutant son fidèle bras droit Ali Akbar à la tête du secrétariat général, il piétine les règles internes, balaie le consensus du congrès, et jette le trouble dans les rangs militants. Cette manœuvre ne vise qu’un objectif : provoquer une crise de gouvernance au sein du parti, pour ensuite en instrumentaliser les conséquences.
La stratégie est aussi grossière que cynique : créer un blocage, forcer un recours en justice devant la Cour administrative, non pour obtenir gain de cause, mais pour crier à l’ingérence et au parti pris. Préparer une rhétorique victimaire, dans laquelle le régime en place serait accusé de mainmise sur le PDG, alors que le désordre a été soigneusement orchestré par ceux-là mêmes qui refusent toute transition politique ordonnée. L’idée n’est pas de défendre un droit bafoué, mais de construire un alibi. De préparer un bras de fer, avec en bandoulière l’argument commode de la « persécution politique ». Depuis son départ du Gabon, Ali Bongo ne s’est jamais inscrit dans une posture de retrait digne. Bien au contraire. Il a immédiatement cherché à mobiliser des réseaux d’agitateurs, à instrumentaliser des voix étrangères, à activer des relais dans la presse occidentale. Les activistes expatriés, les ONG sur commande, les chroniques orientées dans certains médias n’ont pas surgi par hasard. Ils sont le prolongement d’une stratégie globale : convaincre l’opinion internationale d’une prétendue illégitimité du régime en place, tout en semant le doute et la confusion à l’intérieur du pays.
Cette nomination d’Ali Akbar Onanga n’est qu’un épisode de plus dans une tentative de sabotage calculée. Elle montre, une fois encore, qu’Ali Bongo ne cherche pas la stabilité du PDG, encore moins celle du pays. Il cherche la revanche. Non par la politique, mais par la tension. Non par le dialogue, mais par le chaos. Il veut être à l’origine de la fracture, pour ensuite se faire passer pour la victime. Il espère que les institutions tomberont dans le piège de la réaction, afin de mieux les accuser de partialité. Mais les Gabonais ne sont pas dupes. Ils voient clair dans ce théâtre d’ombres. Ils savent que celui qui fut à la tête de l’État pendant quatorze ans, et qui a imposé l’arbitraire comme mode de gouvernement, ne peut aujourd’hui se draper dans les habits du légaliste ou du démocrate. Cette ultime tentative d’imposer un homme de main pour défier l’ordre établi au sein même de son ancien parti est une manœuvre de trop. Elle ne restaurera pas une autorité politique perdue. Elle confirme, au contraire, que l’ancien président ne s’est pas résolu à accepter la fin de son règne. Et qu’il choisit, une fois encore, la confrontation plutôt que l’honneur du silence.