Depuis quelques jours, des voix éminemment politiciennes s’élèvent pour annoncer une crise de légitimité que connaîtrait le Président de la République, Chef de l’État, Chef du Gouvernement, Brice Clotaire Oligui Nguema. Ces annonces démagogiques ont atteint leur acmé hier soir, à l’occasion d’une communication faite par Monsieur Bilie Bi Nze, ancien Premier ministre et sempiternel promoteur et défenseur du service après-vente du pouvoir d’Ali Bongo.
En effet, au cours de cet entretien, Monsieur Bilie Bi NZE a affirmé que le peuple gabonais « n’en peut plus et ne veut plus » de Brice Clotaire Oligui Nguema, et que, selon lui, il était impératif d’envisager l’interruption du mandat présidentiel avant l’échéance de sept ans fixés par la Constitution. In limine litis, la Constitution est le socle de l’organisation du pouvoir politique. L’article 3 de la Constitution dispose que la souveraineté nationale appartient au peuple, qui l’exerce directement, par le référendum ou par l’élection, selon le principe de la démocratie pluraliste, et indirectement par les institutions constitutionnelles.
Fort de ce rappel élémentaire en matière démocratique, je m’interroge sur le fondement des allégations fallacieuses, dilatoires et mégalomanes du candidat malheureux à l’élection présidentielle du 12 avril 2025. Quel est le mécanisme institutionnel qui a permis de consulter les Gabonais sur une question aussi cruciale que celle du choix du Président de la République, et de l’évaluation de la mise en œuvre de son projet de société, fondement du plébiscite des Gabonais avec près de 95 % des voix lors de l’élection présidentielle susmentionnée ? Un individu qui n’a pas réussi à recueillir plus de 3 % à une élection présidentielle peut-il se subroger à la souveraineté nationale en s’exprimant pour le compte de tout un pays ? Cette sortie illégitime, antirépublicaine, maladroite et, finalement, égocentrique traduit une problématique profonde qui mine le débat politique au Gabon : celle de l’éditorialisation du débat politique à l’aune des intérêts personnels.
En effet, il est inconcevable et intolérable qu’à une période aussi sensible de la vie sociale de notre pays, où l’attention devrait être cristallisée sur la résolution de la crise sociale autour des revendications légitimes des enseignants, des perfides trompeurs, des profito-situationnistes chroniques et obsédés, sans aucune légitimité ni même légalité, sabotent et compromettent la cohésion nationale en distillant le mensonge dans les médias par des allégations mensongères. Il est intolérable que la détresse des parents d’élèves et des enseignants soit exploitée pour motiver l’appétence pour l’exposition médiatique des politiciens nostalgiques des pratiques prosaïques, illégitimes et illégales. Il est intolérable que, dans un pays de droit, des citoyens dont la gestion a été maculée par le désespoir et la détresse des Gabonais s’autoproclament aujourd’hui justiciers, à l’exclusion des mécanismes légaux prévus par le corpus juridique en vigueur. Une crise sociale n’est pas inédite dans un pays démocratique : elle traduit la vitalité de la liberté d’expression. Mais une crise sociale n’est nullement une crise institutionnelle.
Nadia Christelle Koye.
Sénateur de Mulundu