La séquestration d’un journaliste, car c’est bien de cela qu’il s’agit, à moins d’une semaine d’une grande rencontre de journalistes, vient enrichir le tableau des signaux contraires à la ligne que le président de la République indique. Alors que le chef de l’Etat parraine la Conférence internationale de la presse francophone (Cipref), que Libreville abrite du 21 au 25 janvier, l’enlèvement et le placement en garde à vue sans motif de Roland Olouba Oyabi à la direction de la contre-ingérence suscitent des interrogations. Contrairement à la règle, ce patron de presse n’a pas reçu de convocation en bonne et due forme, mais plutôt l’appel d’un correspondant, qu’il ne connaît pas, qui prétendait vouloir lui livrer des informations confidentielles à valeur de scoop. Sur les lieux du rendez-vous, Roland Olouba Oyabi sera enlevé et conduit à la direction générale de la sécurité militaire et de la contre-ingérence, le très redouté B2. Un traitement en totale contradiction avec le Code de la communication, qui consacre la dépénalisation du délit de presse, qui a amené la Haute autorité de la communication à s’enquérir de la situation. Sauf que la délégation de l’instance de régulation des médias a essuyé un manque de respect des éléments du B2. Le chef de l’unité militaire a fini par présenter ses excuses à une autorité administrative autrefois figurant parmi les institutions constitutionnelles. Le traitement vexatoire infligé à Roland Olouba Oyabi intervient quelques mois après l’interpellation et le placement sous mandat de dépôt d’un autre patron de presse. Harold Leckat a depuis recouvré la liberté et repris l’exercice de sa profession, après une vague de protestation, y compris à l’international, qui a écorné l’image d’un pays qui avait pourtant fait des bonds en avant dans les classements en matière de liberté de la presse. Les performances du Gabon, en moins de deux ans, ont valu aux nouvelles autorités la visite du patron de Reporter sans frontières. L’opinion se souvient que quelques jours après sa prise de pouvoir, Brice Clotaire Oligui Nguema avait reçu les journalistes et leur avait demandé d’écrire « sans peur ». De sa propre initiative, il a revu à la hausse l’aide publique à la presse locale, réduite comme peau de chagrin sous le régime déchu.
Du côté de l’éducation nationale, le président de la République donne des instructions pour le règlement des problèmes administratifs des enseignants, il s’ensuit un cafouillage. Les syndicats sont divisés. Les troupes désavouent les leaders syndicaux, accusés de collusion avec la tutelle. La reprise des cours annoncée n’a vraiment pas lieu. C’est dans ce contexte de confusion qu’on fait inaugurer une école primaire au chef de l’Etat, qui plus est flanqué des leaders syndicaux accusés d’avoir été corrompus par les autorités du ministère de l’Education nationale. C’est d’ailleurs la seule école qui aura fait le plein ce jour-là. Le message est contraire à l’appel du président de la République à la rupture avec les méthodes du passé. Comme si cette tentative de passage en force ne suffisait pas, l’inspection générale des services brandit la menace de sanctionner les enseignants qui poursuivent la grève. La réponse des enseignants est cinglante à l’issue des assemblées générales à travers le pays : la grève continue jusqu’à satisfaction de toutes les revendications. Le bras de fer est désormais engagé et l’année scolaire perturbée. Quoi qu’il en soit, le calendrier devra être revu, le mois de janvier étant déjà perdu. Dans d’autres secteurs, la santé, les médias publics, les transports et le milieu pétrolier, les syndicats menacent d’entrer en grève. Il est temps d’imaginer des mécanismes de résolution des conflits sociaux qui fassent consensus, mais en amont des voies et moyens de prévenir les crises, notamment par le dialogue permanent. Le choix des managers qui ne s’illustrent pas par la procrastination et les procédés dilatoires n’est pas à négliger non plus. Sur le plan politique aussi, le président de la République prône la rupture. Il en appelle à une attitude républicaine, à l’unité nationale, à la lutte contre le tribalisme ou repli identitaire. On scrutera la composition des cabinets ministériels et les nominations dans la haute administration. Toujours est-il qu’il s’en trouve des personnes en responsabilité qui n’ont d’yeux que pour leur localité d’origine, où ils font assaut de générosité et de charité ostentatoires. Dès lors, on comprend que chaque partie du pays réclame d’être représentée au sein de l’appareil de l’Etat. En cette période de tension de trésorerie, pendant que le président de la République conseille une conduite empreinte de sobriété, certains gouvernants se signalent par une débauche de moyens. Autant de signaux contradictoires qu’il lui faudra bien éteindre un jour, avant qu’ils ne brouillent définitivement son message.