A l’issue du second tour des législatives le week-end écoulé dans le Komo-Kango, le cycle des élections des parlementaires, commencé avec les législatives le 27 septembre, a été bouclé. Même s’il reste le sénateur de Mandji à élire lors d’un troisième tour, les deux premiers s’étant soldés par l’égalité parfaite, l’on connaît déjà la configuration du Parlement, dominé très largement par la toute jeune Union démocratique des bâtisseurs (UDB), la formation politique créée le 5 juillet dernier par le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema. Normalement, la vocation d’un député ou d’un sénateur est de siéger dans la Chambre dans laquelle il a été élu, afin, comme le prévoit la Constitution, de voter des lois favorables au bien-être des populations. Même quand il consent l’impôt, par le vote de la loi de finances, l’objectif visé est le bonheur des populations. Egalement lors des procédures de contrôle de l’action du gouvernement comme les interpellations des ministres et les commissions d’enquête.
De ce point de vue, on peut supposer que tous ceux qui se sont présentés aux élections législatives et sénatoriales ont fait le choix de servir le pays et leurs compatriotes au Parlement. C’est dans cette logique que le chef de l’Etat a demandé aux ministres ayant été élus députés de démissionner du gouvernement avant la mise en place du bureau de l’Assemblée nationale, qui marque le début de la législature. En tant qu’élus de cette Chambre, ils devaient participer à l’élection de son bureau. En raison des incompatibilités, ils ne peuvent pas le faire en ayant gardé leur fonction gouvernementale. La même règle est valable si des ministres ont été élus sénateurs. En conséquence, le président de la République devrait pousser la logique plus loin lors de la formation du prochain gouvernement. Même s’il lui est constitutionnellement permis de piocher des ministres dans les chambres du Parlement, il devrait songer à un savant dosage, de façon à ne pas fausser le fonctionnement des institutions et à tenir le plus grand compte du principe de la séparation des pouvoirs. Trop de parlementaires au gouvernement équivaut à vassaliser le Parlement. Quand bien même il constaterait que les ministres sont défaillants, un Parlement bourré de suppléants aurait du mal à user de la plénitude de ses pouvoirs de sanction, comme le refus de voter des lois, et de ses pouvoirs de contrôle. Généralement, les suppléants sont choisis par affinités (parent proche ou éloigné, de sang ou par alliance, amis, relation de parrain-filleul). Sur un tout autre plan, les suppléants peuvent avoir peur de perdre la position confortable de siéger si, à cause de leur rigueur, les ministres sont révoqués. D’ordinaire, les émoluments du suppléant sont largement inférieurs à ceux du titulaire. L’hypothèse d’un Parlement qui compte beaucoup de suppléants risque de fausser les choses. Il en résulterait une complaisance et un laxisme contraires à l’esprit que le président de la République prône, qui est celui de la performance, de la culture des résultats.
Alors qu’il n’est pas encore en exercice, le Parlement qui vient d’être élu essuie déjà le reproche d’être une chambre d’enregistrement des volontés de l’exécutif, en raison d’une majorité écrasante des militants de l’UDB. Si le chef de l’Etat devait en plus y puiser beaucoup de membres du gouvernement, il accréditerait la thèse d’une volonté de museler le Parlement et de se garantir ainsi une assurance tous risques. Il fournirait une explication au sujet de toutes les manœuvres déloyales et illégales qui ont été reprochées aux candidats UDB lors des élections législatives et locales du 27 septembre. Si les législatives ont permis la rafle à l’Assemblée nationale, les locales préparaient le raz-de-marée au Sénat, dans la mesure où les sénateurs sont élus parmi les conseillers municipaux et départementaux. Le président de la République donnerait raison à ceux qui critiquent les arrêts de la Cour constitutionnelle à l’issue d’un contentieux électoral jugé favorable aux candidats UDB. Quoi qu’il en soit, il n’échappe pas au chef de l’exécutif que la configuration de l’actuel Parlement représente un piège pour lui. Disposant de tous les leviers de commandement, après avoir été lui-même plébiscité à la présidentielle, Brice Clotaire Oligui Nguema n’aura pas droit à l’échec. Pour commencer, le chef du gouvernement qu’il est ne bénéficiera d’aucun état de grâce. Les Gabonais veulent des solutions durables, et non pas des palliatifs, à leurs nombreux problèmes. Pour réussir, le président de la République ne devrait pas seulement compter sur le contrôle des institutions. Il lui faut des patriotes. On en trouve également en dehors de sa galaxie. Le Gabon est au-dessus des logiques partisanes. C’est ce que le régime déchu le 30 août 2023 n’avait pas compris.