Formation des cadres du Trésor à l’IAE de Paris : remettre les faits au cœur du débat

Depuis quelques jours, une polémique aussi bruyante que mal informée enfle autour de la formation de cadres des régies financières du Gabon à l’IAE Paris Sorbonne. Pour certains commentateurs, cette initiative serait inopportune, voire indécente, dans un contexte marqué par les difficultés persistantes du système éducatif national. Une lecture émotionnelle, mais profondément erronée, qui appelle une mise au point rigoureuse.

Car loin d’être une décision improvisée ou une dépense de prestige, ce programme de formation s’inscrit dans une stratégie administrative validée de longue date, approuvée par les plus hautes autorités de l’État dès juillet 2025, et répond à des impératifs structurels indépendants des conjonctures politico-sociales. Il convient d’abord de rétablir la chronologie. Le programme de renforcement des capacités des hauts cadres de la Direction générale du Trésor et des régies financières n’est ni une réaction à l’actualité ni une initiative isolée. Il a été conçu, instruit et validé plusieurs mois auparavant, dans une logique de modernisation durable de l’administration financière gabonaise.

La formation concerne deux groupes pilotes d’environ 25 cadres, sur le premier semestre 2026, pour un total de 12 jours de formation, combinant séminaires en présentiel à Paris et sessions de suivi à distance. Elle débouche sur une certification délivrée par l’IAE Paris Sorbonne, assortie de travaux pratiques, d’études de cas appliquées aux réalités de la Direction générale du Trésor et de projets de service soutenus devant un jury académique. Nous sommes donc loin d’un voyage d’agrément : il s’agit d’un dispositif exigeant, ciblé, évalué et orienté vers la performance de l’administration publique.

Polémique financière sans objet

 L’un des arguments les plus relayés dans la controverse actuelle concerne le coût supposé de cette formation pour les finances publiques gabonaises. Là encore, les faits sont clairs : la prise en charge est assurée quasi intégralement par la partie française. Sont couverts par le budget de la formation :

  • les enseignements en présentiel et à distance,
  • l’accès aux plateformes pédagogiques,
  • les évaluations et la certification,
  • les billets d’avion en classe économique,
  • l’hébergement des participants à Paris, ainsi que l’organisation de la cérémonie de graduation. L’incidence sur le budget de l’État gabonais est donc quasi inexistante. Faire croire à une concurrence directe entre cette formation et le financement de l’école publique relève soit d’une méconnaissance des dossiers, soit d’un amalgame volontairement entretenu.

Former les régies financières : une nécessité souveraine

 Au-delà des chiffres, l’enjeu est fondamentalement stratégique. Les régies financières constituent l’ossature de l’État : elles assurent le pilotage budgétaire, la gestion de la dette, la mobilisation des ressources et la crédibilité financière du pays auprès de ses partenaires. Or, depuis plus d’une décennie, les pays de l’Union européenne ont profondément transformé leurs cadres de gestion publique : nouvelles normes de gouvernance, pilotage par la performance, gestion des risques, contrôle interne renforcé, intégration du numérique et désormais de l’intelligence artificielle dans les processus décisionnels. Ne pas exposer les cadres gabonais à ces standards internationaux reviendrait à accepter un décrochage administratif lourd de conséquences, dans un monde où la crédibilité financière conditionne l’accès aux financements, aux partenariats et à l’investissement. La formation proposée couvre précisément ces enjeux : pilotage stratégique, gouvernance, leadership public, organisation moderne des administrations, mais aussi impact de l’intelligence artificielle sur la gestion publique, un sujet devenu incontournable.

Éducation nationale et formation des cadres : deux politiques distinctes

 Enfin, il est essentiel de rappeler une évidence souvent occultée dans le débat public : la crise de l’éducation nationale, aussi sérieuse soit-elle, ne saurait justifier la suspension des politiques de formation stratégique de l’État. Former des enseignants, réhabiliter des écoles et moderniser l’administration financière relèvent de politiques publiques différentes, avec des outils, des financements et des temporalités distincts. Opposer les unes aux autres, c’est affaiblir l’ensemble de l’action publique. Un État ne se réforme pas par à-coups émotionnels, mais par des choix cohérents, structurés et anticipés. La formation des cadres des régies financières n’est pas un luxe : c’est une condition de la performance, de la transparence et, in fine, de la souveraineté économique. Rétablir la raison face à l’émotion est plus qu’un impératif. La polémique actuelle illustre un travers récurrent du débat public : confondre indignation et analyse, contexte social et décision stratégique. Or gouverner, c’est précisément refuser ces confusions. Former les cadres du Trésor aujourd’hui, dans un cadre rigoureux, validé et largement financé par des partenaires académiques internationaux, c’est préparer l’État gabonais à mieux gérer ses ressources demain. À l’inverse, céder à des procès d’intention infondés reviendrait à affaiblir durablement l’appareil public. Dans un pays en quête de modernisation et de crédibilité, la compétence n’est pas négociable. Elle se construit. Et elle se prépare, quelles que soient les turbulences du moment.

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