Gabon- Afrique du Sud, Dette Militaire: Le piège londonien qui menace Oligui

Les origines de ce litige, oui plutôt de ce contentieux explosif remontent à 2014, lorsque sous la houlette d’Ali Bongo Ondimba et de son Directeur de Cabinet Maixant Accrombessi, Libreville signe avec Paramount Group, société sud-africaine de défense, un contrat de 330 millions USD couvrant la réparation des avions Mirage, la fourniture de matériel militaire et la formation de personnels gabonais. Inscrite depuis cette date aux registres de la Direction de la dette, la créance n’a jamais été soldée. Pire, aucune traçabilité des fonds versés via la BEAC n’a été produite par la Trésorerie, laissant planer le soupçon de circuits opaques.

Victoire présidentielle, Sabotages et manœuvres internes

À son arrivée au pouvoir, le président Brice Clotaire Oligui Nguema engage personnellement des discussions directes. Résultat : Paramount accepte d’effacer 50 % de la dette, ramenant le fardeau à environ 165 millions USD. Cette percée, arrachée après deux ans de négociations secrètes, est saluée comme un succès diplomatique majeur. Ce succès diplomatique a révélé la maestria du Chef de l’Etat vu que ce round de discussion tenu à  Dubaï en Décembre 2023 tourne court, plombé par des accusations croisées. Et a donc failli viré à l’échec. Au point de voir les positions de Paramount se radicaliser. En effet, des accusations remettaient en cause la légitimité et la probité des investisseurs, interlocuteurs d’Ali Bongo et de Maixant Accrombessi lors de la signature dudit contrat en 2014. Des allégations allaient bon train sur une rétro-commission qui aurait contribué à financer la Chaine de Télévision EDAN TV, propriété de l’épouse du Nkani, le puissant Directeur de Cabinet d’Ali Bongo.

Dans les coulisses, Maixant Accrombessi est contacté par le Bord de Mer car au coeur du contrat au moment de sa passation. Les émissaires du Palais du BDM le rencontrent à Paris. Prétendant un règlement total, l’ancien directeur de cabinet d’Ali Bongo, Maixant Accrombessi, après avoir accepté de coopérer dans ce dossier aurait transmis un document prouvant que des règlements avaient été effectués à la société sud-africaine. Il va produire non pas le contrat de 2014, mais le contrat passé avec la même société sud-Africaine en 2008 sous Omar Bongo. Contrat qui ne souffrait d’aucune anomalie. Il s’agissait là du tout premier contrat Paramount Group-Etat Gabonais. La manœuvre est déjouée, et le dossier confié à une Task Force présidentielle sous secret-défense. Qui, à ce qu’il semblerait avait abouti à une bonne entente entre le groupe Sud Africain et Libreville. Mais en juin 2025, des “faucons” de l’entourage présidentiel, tapis entre l’agence judiciaire de l’Etat et le BDM, font brutalement annuler les accords. Des informations obtenues de sources ayant requis l’anonymat indiquent que Paramount, lassé, envisagerait d’activer la clause judiciaire prévue dès l’origine : le recours devant la High Court de Londres. Ce qui paraitrait un terrain de jeu peu propice au Gabon.

Le procès de Londres serait-il une défaite annoncée ? Le contrat gabonais stipule l’absence d’appel ou toute autre contestation judiciaire. Une clause des plus léonines. Interdite dans le droit OHADA (Article 16 de l’Acte uniforme ).  Selon plusieurs sources, le jugement attendu sera inévitablement défavorable, condamnant l’État gabonais à payer l’intégralité de la dette initiale. Ironie de l’histoire : les véritables architectes de ce dossier Ali Bongo, Sylvia et Noureddin, aujourd’hui réfugiés à Londres assisteront en spectateurs privilégiés à une débâcle dont ils sont pourtant à l’origine. La crise interroge la responsabilités du ministère des Finances. Notamment celle d’ancien cadre de haut niveau qui étaient aux affaires à cette période. Car, son incapacité, depuis des années notamment après 2018, à retracer l’exécution budgétaire de ce contrat soulève la question d’une gestion parallèle des flux financiers, voire de pratiques échappant au cadre réglementaire. Des omissions jugées graves et qui pourraient faire porter la responsabilité ultime de la supervision au ministère de l’Économie et des Finances. Un certain « YK » devrait y répondre.

Une arme politique interne pour les « Faucons »?

Au-delà de la bataille judiciaire, l’affaire prend l’allure d’un piège politique. En annulant l’accord amiable, les “faucons” poussent le président vers une défaite certaine aux conséquences incalculables. Primo, le Sacrifice des intérêts financiers du Gabon. De ce qu’il ressort des Billets d’ordre (Promissory Notes) seraient détenus par Paramount, remis en guise de garantie dans le temps par l’Etat Ali Bongo, Accrombessi via son ministère des Finances, pour montrer sa bonne foi. Ces billets pourraient être vendus à des Institutions financières ou Fonds Vautours, spécialisés pour l’achat de créances. Aux méthodes de recouvrement barbares. Ils pourront exercer tout type de pression à l’international. Comme saisir les avions du Chef de l’Etat en mission. Voire d’autres actifs appartenant au Gabon. Deuxio, l’atteinte majeure à la réputation internationale. Le Gabon apparaîtrait comme un partenaire non fiable, quelques semaines seulement après la visite d’Oligui aux États-Unis et son entretien avec Donald Trump. Toute la bataille du clan des Bongo-Valentin tapis à Londres est de démontrer qu’un « voyoutocratie » règne au Gabon. C’est un secret de polichinelle qu’une débâcle du Gabon avec la campagne médiatique qui en découlerait sera une aubaine pour conforter leurs thèses. Eta ter ciao, la tentative de discrédit personnel d’Oligui, dont la probité militaire est ciblée. Pour ses adversaires internes, il s’agit d’affaiblir un chef d’État élu avec 94 % des voix en avril 2025, et de fragiliser son autorité naissante.  Quels risques géopolitiques? Une condamnation à Londres viendrait mettre à mal l’alliance historique Mandela–Bongo qui liait Libreville à Pretoria depuis les années 1990. La présidence est-elle sous siège invisible?  Au principe de la continuité de l’État, c’est pourtant Oligui Nguema qui assumera seul la responsabilité juridique et financière. Le soldat président, étranger aux manœuvres du passé, se retrouve sacrifié sur l’autel de l’incompétence et des intérêts résiduels du système Bongo toujours tapis dans l’ombre. Ses opposants internes, disséminés dans l’administration, auront réussi à faire porter au nouveau régime le poids d’anciennes malversations.

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