La province de la Nyanga pourrait redevenir frondeuse

La griserie liée à la réussite de la première édition délocalisée de la fête de la Libération peut faire perdre de vue les risques, évidents et diffus, de voir la Nyanga de nouveau tourner le dos au pouvoir central. Si, par cohérence, les Nynois ont déferlé à Tchibanga, chef-lieu de la province et principal théâtre des réjouissances, pour communier avec le « libérateur », Brice Clotaire Oligui Nguema, qu’ils ont plébiscité à la présidentielle du 12 avril dernier, il n’en demeure pas moins que certaines situations ne vont pas manquer de faire l’actualité d’ici aux élections du 27 septembre. L’état de la route entre le village Penioundou et Tchibanga figure parmi les risques évidents de tension. Long d’une trentaine de kilomètres, le tronçon est un véritable casse-tête. Son bitumage a été interrompu il y a environ dix ans. En dehors des supputations sur des détournements de fonds ou des représailles du régime d’Ali Bongo Ondimba à cause de la débâcle électorale de 2016, aucune communication officielle. Les tentatives de redémarrage du chantier ont échoué. Au fur et à mesure que la saison des pluies approche, les inquiétudes ressurgissent. En réalité, c’est le réseau routier de toute la province qui est en piteux état et qui attend que Brice Clotaire Oligui Nguema tienne sa promesse d’y remédier dans les plus brefs délais. Promesse faite pendant la tournée républicaine, en juillet 2024, et réitérée lors de la campagne pour la présidentielle, en avril 2025. La célébration de la fête de la Libération dans la Nyanga a permis de constater le niveau de sous développement de la province. Villes voisines, Tchibanga et Mayumba ont eu toutes les peines du monde à loger décemment tous les officiels. Les structures hôtelières se comptent sur les doigts d’une main, dans une zone qui peut pourtant se targuer d’un riche et varié potentiel touristique. Même le tourisme domestique est difficilement envisageable, en raison du niveau de vie extrêmement bas du citoyen moyen.

En effet, la galère est palpable à travers les rues poussiéreuses de ces deux principales villes. Depuis plus d’un demi-siècle, la pauvreté pousse des milliers d’originaires de la Nyanga à l’exode. Dans le temps, les villes pétrolières de Gamba et Port-Gentil étaient les principaux pôles d’attraction. Ces dernières décennies, des localités des provinces du Moyen-Ogooué et de l’Estuaire accueillent un nombre impressionnant de ressortissants d’une aire géographique aux richesses nombreuses et immenses. Si les nouvelles autorités du pays manifestent le désir de créer la richesse par l’exploitation de ressources naturelles laissées en veilleuse par les précédents régimes, il reste qu’elles peuvent se montrer exigeantes envers les compagnies qui opèrent déjà sur les lieux, pour un respect scrupuleux de la responsabilité sociétale de l’entreprise, afin que le niveau de vie des populations s’améliore un tant soit peu. Trop de plaintes émanent des organisations communautaires, qui déplorent la sourde oreille des autorités compétentes, à commencer par les responsables de l’administration déconcentrée, jugés complaisants, sinon complices. La sévérité du président de la République, par ailleurs chef du gouvernement, est également requise en ce qui concerne la gestion des fonds alloués pendant la transition. Des 7 milliards de FCFA, aucun projet significatif n’a été inauguré lors de la fête de la Libération. Des projets retenus tardent à se matérialiser. D’autres sont encore au stade des squelettes. Les Nynois se demandent quelle(s) destination(s) la manne a prise(s), au moment où certains gestionnaires donnent l’impression d’accumuler des biens sur le dos des populations et se signalent par un embonpoint soudain.

Un aspect de la vie dans la Nyanga qui ne crève pas les yeux mais qui pose réellement problème concerne la gestion des ressources humaines. Des zones n’en finissent pas de se plaindre de voir leurs enfants absents des postes de responsabilité à un niveau suffisamment élevé. Une rumeur a même couru, selon laquelle des ressortissants d’un département qui s’estiment oubliés allaient interpeller le chef de l’Etat lors de son passage chez eux. La confirmation n’a pas eu lieu, des étapes ayant été annulées in extremis. Ce qui est confirmé, c’est qu’à l’heure actuelle, ce sont les originaires d’un département qui sont aux premières loges. Des observateurs font même remarquer qu’il s’agit des fils et filles d’un seul canton dudit département. Il en découle des frustrations pour le moment contenues. Pour toutes ces raisons, et bien d’autres comme l’absence de soins adéquats à l’hôpital régional de Tchibanga qui pousse les patients à se rabattre sur Bongolo, dans la province de la Ngounié voisine dont la Nyanga dépend déjà sur plusieurs autres plans et depuis belle lurette, le report de la sympathie pour le président de la République sur les candidats de l’Union démocratique des bâtisseurs aux élections du 27 septembre ne saurait être une certitude. Des voix estiment même que ces scrutins sont l’occasion d’envoyer un message fort au chef de l’Etat, en vue d’un examen minutieux des réels problèmes de la province. Depuis le référendum de 1958, les Nynois ont la réputation d’avoir un caractère bien trempé.

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