Le président de la République a-t-il pris la mesure de la profondeur du mal et la décision de l’éradiquer ? Espérons-le car ce serait irresponsable et malsain de reporter sans cesse la bataille pour le changement des mentalités. Le 23 août, le chef de l’Etat faisait une déclaration dans laquelle il dénonçait la pagaille dont les membres de la Commission nationale d’organisation des élections se sont rendus coupables. Il pourrait s’agir de manœuvres en violation du serment qu’ils ont prêté devant la Cour constitutionnelle. Il est donc attendu de Brice Clotaire Oligui Nguema, qui s’était vu obligé d’interrompre ses activités en province à cause des cris de protestation des nombreux candidats lésés, qu’il aille au-delà de l’indignation convenue. Ce que plusieurs dizaines de candidats aux élections législatives ont découvert le 20 août dans le quotidien « L’Union » et, deux jours plus tard, plusieurs centaines aux élections locales est, pour le moins, scandaleux. En témoignent le déferlement et les cris d’orfraie au ministère de l’Intérieur. En allant comprendre le pourquoi de leur absence des listes publiées, quoique leur dossier fût complet, comme indiqué sur le récépissé de dépôt, des candidats ont découvert que le dossier n’avait pas été examiné par la Commission nationale.
D’autres se sont rendus compte qu’une ou des pièces constitutives ont disparu entre la commission locale et la Commission nationale. Pire, d’autres ont appris que le dossier a purement et simplement été rejeté. Comment est-ce possible ? Plusieurs hypothèses sont avancées. Nombre de personnes commises à la tâche n’y seraient pas rompues. C’est une litote pour dire qu’elles auraient été retenues sur la base du favoritisme et du népotisme, deux des maux qui ont la peau dure au Gabon, mais que la nouvelle République se doit de combattre vigoureusement. Il y aurait également, et il faut pouvoir le dire sans circonvolutions, des odeurs de corruption. Certains candidats fortunés opposés à des adversaires redoutables, sachant leurs chances minces, auraient convaincu, contre espèces sonnantes et trébuchantes, des éléments des commissions électorales d’agir contrairement à leur devoir. On rangera sur le registre de l’erreur propre à l’être humain la mauvaise graphie de l’identité et le changement de la bannière politique des candidats. Quoi qu’il en soit, toute la lumière doit être faite parce qu’il faut que les responsabilités soient situées, afin que l’opprobre ne couvre pas les innocents. Elle s’impose car cette pagaille qui a causé des attroupements de protestataires bruyants au ministère de l’Intérieur et qui a été relayée par les médias, y compris internationaux, a sérieusement nui à l’image du pays, au moment où le discours officiel proclame « la rupture » et « le renouveau ». Il n’est pas évident que l’indignation présidentielle, bien qu’assortie de menaces de sanctions et de promesses de gages de transparence électorale, ait dissipé le malaise et la suspicion. Toute la lumière doit être faite parce que tous les membres des commissions électorales ont prêté serment devant la Cour constitutionnelle. Il est grand temps que cet acte soit pris au sérieux et que les gens comprennent qu’un parjure est passible de poursuites judiciaires. La loi doit désormais s’appliquer dans toute sa rigueur. C’est ainsi qu’une société qui veut avancer se met sur les bons rails.
En son temps, Omar Bongo Ondimba vociférait. Le président de la République se contentait de dénoncer les maux qui s’étaient enracinés au cours de son long règne. Il proférait des menaces, mais il ne faisait plus peur parce qu’il n’allait jamais au bout de sa logique. Les rares fois où son courroux s’accompagnait de représailles, c’est quand son pouvoir était réellement menacé. Tout proche collaborateur du défunt président qu’il ait été, Brice Clotaire Oligui Nguema peut s’écarter de l’attitude velléitaire de son prédécesseur. Sa prise de pouvoir a suscité des attentes énormes. Il n’est que de se rappeler les manifestations de joie et les effusions entre civils et militaires le 30 août 2023. Elles interdisent de retomber dans les travers du régime déchu. Une perpétuation des postures décriées risque de donner raison au candidat consensuel de l’opposition à la présidentielle de 2023. A l’annonce du « Coup de la libération », Albert Ondo Ossa avait dénoncé une « révolution de palais ». Selon lui, il s’agissait d’une duperie consistant simplement à se débarrasser d’Ali Bongo Ondimba. Déjà que la forte présence d’anciens apparatchik du Parti démocratique gabonais, l’ancien parti au pouvoir, dans l’Union démocratique des bâtisseurs, la formation politique créée récemment par le président de la République, n’est pas rassurante. Sans quoi, la fête de la Libération, que le président de la République est allé célébrer dans la province de la Nyanga, ne sera qu’un gadget, juste une occasion supplémentaire de gaspillage de l’argent public.