Eu égard au plébiscite, inédit dans l’histoire du Gabon, dont Brice Clotaire Oligui Nguema a fait l’objet à l’élection présidentielle et, en conséquence, au sacre auquel il a eu droit le jour de sa prestation de serment, le 3 mai dernier, l’on s’attendait à dire « Il est né le divin enfant » à la création de son parti politique, l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB), ce 5 juillet. Force est de reconnaître que, hors de son berceau, le palais des Sports de Libreville, le nouveau-né n’a pas suscité un enthousiasme particulier. Qu’est-ce qui explique l’accueil timoré de l’UDB, à part chez ceux qui font le calcul malsain de tirer des dividendes de tous ordres (notamment politiques, sociaux et financiers) de l’adhésion au nouveau parti au pouvoir ? Manifestement, c’est la qualité de certains militants et la composition de ses instances dirigeantes. L’UDB a, en effet, les allures d’une entreprise de recyclage des acteurs politiques controversés, plus particulièrement les anciens hiérarques du Parti démocratique gabonais (PDG), qui a dirigé le Gabon ces cinquante dernières années et qui, en toute logique, porte la plus grande part de responsabilité dans l’infortune extrême que le pays a connu jusque-là.
Et pourtant, plusieurs voix avaient pris sur elles de mettre le président de la République en garde contre la création d’un parti politique qui fourmillerait d’anciens cadres honnis du PDG en quête de virginité. Leur démission en masse de l’ancien parti au pouvoir le laissait entrevoir. Et pourtant, ce ne sont pas des gens qui ont manqué pour conseiller à Brice Clotaire Oligui Nguema de rester au-dessus de la mêlée, de ne pas descendre dans l’arène, pour ne pas vêtir les habits étriqués d’un chef de clan. Le chef de l’Etat a-t-il craint de ne pas disposer de la majorité au Parlement et, donc, de ne pas pouvoir mettre à exécution le projet de société sur la base duquel la quasi-totalité des électeurs lui ont accordé leurs suffrages ? Une solution lui fut pourtant proposée en lieu et place d’une formation partisane : créer une plateforme inclusive où se retrouveraient toutes les personnalités et les partis politiques qui partagent ses nobles desseins pour le Gabon. Il aurait été ainsi « le patron des patrons ».
La véhémence du discours du 30 août 2023, qui pointait, entre autres dérives, « une gouvernance irresponsable », a suscité une vague d’espoir de renouvellement de la classe politique et d’assainissement des mœurs politiques. Alors, comment est-ce possible de faire le renouveau avec ceux-là même qui ont mis le pays en lambeaux, sans qu’ils aient convaincu de leur capacité à changer ? Les grincements de dents ont commencé dès le début de la transition, au regard de certaines nominations dans les instances décisionnelles. Il s’en est trouvé qui n’ont pas hésité à franchir le pas de voir dans le Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI, le mouvement des militaires ayant renversé Ali Bongo Ondimba) « le PDG en treillis ». Accréditant la thèse d’Albert Ondo Ossa, le candidat consensuel de l’opposition à la présidentielle du 26 août 2023, qui considérait le Coup de la libération comme une simple « révolution de palais », des voix ont conclu que l’opération du 30 Août consistait à chasser Ali Bongo Ondimba pour éviter la révolution populaire et la perte du pouvoir qui allait s’ensuivre. Ces derniers temps, l’idée du président de la République de créer un parti politique a soulevé des débats juridiques sur la faisabilité d’une telle initiative. L’atmosphère s’en est trouvée davantage polluée car, en même temps, est menée à la hussarde dans le Grand Libreville une opération de démolition des habitations et commerces se trouvant dans des zones déclarées d’utilité publique. Deux mois seulement après la victoire écrasante à la présidentielle ! Puisque le défi de l’UDB semble être les élections législatives, en vue de la majorité au Parlement, les Gabonais vont-ils l’accorder à un parti qui fourmille de gens qui les ont maltraités ces cinquante dernières années ? Les débuts de l’organisation du scrutin suscitent déjà des protestations et même des accusations de manœuvres déloyales. Une atmosphère sulfureuse qui n’est pas sans rappeler l’époque du PDG. Le président de la République, qui n’a de cesse de prôner la rupture, a du pain sur la planche. Un recul, de surcroît en si peu de temps, serait du plus mauvais effet.