L’Union démocratique des bâtisseurs (UDB), officiellement portée sur les fonts baptismaux au début du mois de juillet, est présentée comme le nouveau socle politique du président Brice Clotaire Oligui Nguema. Dans le récit de ses initiateurs, ce parti serait l’émanation directe des aspirations exprimées depuis la transition, un instrument pour accompagner l’instauration de la Ve République et l’ancrage d’un pouvoir refondé sur des valeurs de patriotisme, de rigueur, d’éthique et de service public. Sur le papier, l’idée séduit. Elle correspond à la logique institutionnelle d’une sortie de transition : structurer une majorité, aller aux élections avec un projet lisible, donner une traduction politique à un pouvoir né d’un coup d’État mais désormais légitimé par les urnes. L’UDB se présente comme le véhicule d’un renouveau assumé, avec pour objectif d’obtenir la majorité parlementaire aux prochaines élections de septembre 2025. En apparence, tout y est : des discours refondateurs, une volonté d’organiser une offre politique inédite, et un logo aux couleurs de la reconstruction.
Mais à y regarder de plus près, une question traverse les esprits : ce nouveau parti est-il réellement une innovation politique, ou plutôt une recomposition habile du paysage existant ? Car derrière le sigle flambant neuf, les Gabonais reconnaissent beaucoup de visages anciens. Des ministres, des élus locaux et de hauts cadres ayant servi – parfois très longtemps, sous le régime d’Ali Bongo se retrouvent aux avant-postes de cette “nouvelle” aventure. Une forme de continuité dans la rupture, qui nourrit les soupçons de recyclage stratégique plus que de refondation idéologique. Cette impression est renforcée par l’absence, pour l’heure, d’un projet de société véritablement distinctif. L’UDB peine encore à articuler une vision claire, une idéologie forte ou une doctrine structurante. Elle semble davantage axée sur la conquête de sièges que sur l’émergence d’une nouvelle culture politique. Dans un pays échaudé par cinquante ans de partis-État et de logiques clientélistes, la simple proclamation du changement ne suffit plus. Il faut des actes, des symboles, une épuration morale, une rupture nette avec les pratiques d’hier. Il y a aussi cette tentation d’hégémonie qui inquiète. À peine née, l’UDB aspire déjà à capter toutes les candidatures des partisans du président, à fédérer sans débattre, à absorber sans réellement ouvrir. Le risque est grand de reconstituer un monolithisme politique à peine remaquillé, avec une façade rajeunie mais un fonctionnement centralisé, verrouillé, peu démocratique. En ce sens, l’UDB ne peut prétendre incarner le renouveau que si elle accepte en son sein le débat, l’altérité, l’émulation, et surtout le renouvellement des figures.
Les Gabonais n’ont pas demandé un simple lifting de leur classe politique. Ils ont exigé une métamorphose. Ils veulent des leaders intègres, formés, connectés aux réalités du terrain, et capables de parler vrai. Ils veulent voir émerger des femmes et des hommes porteurs d’idées neuves, non redevables d’un passé opaque. Le défi pour l’UDB est donc clair : elle devra choisir entre être un label de ralliement administratif pour anciens courtisans en reconversion, ou un véritable mouvement citoyen apte à refonder le contrat politique national. Tout le pari d’Oligui Nguema est là. Si l’UDB devient un outil de gouvernance verticale et de fidélisation électorale, elle ne fera qu’accélérer la désillusion. Mais si elle se transforme en laboratoire politique, en espace d’intelligence collective, en creuset du Gabon nouveau, elle aura justifié son existence et rendu service à la République. La transition a offert une respiration. La légitimité populaire a été confirmée. L’heure est maintenant à l’édification d’un régime politique crédible. L’UDB peut en être l’instrument, à condition de ne pas trahir son propre nom : bâtir, c’est refonder, pas répéter.