Réfugiés politiques ou pyromanes digitaux ?

Statut protégé, discours haineux : l’activisme numérique d’exilés comme Nazih met les États au défi

À l’heure où les réseaux sociaux offrent un accès immédiat à l’opinion publique, un phénomène inquiétant s’amplifie dans la sphère gabonaise : l’explosion d’un activisme numérique toxique, porté par d’anciens exilés politiques devenus pour certains de véritables agents de désinformation, de diffamation et de déstabilisation. Cette situation interroge non seulement l’usage dévoyé des outils numériques, mais aussi la légitimité persistante du statut de réfugié politique dans un contexte où le régime honni d’hier n’existe plus.
Ces « activistes », souvent installés en France, au Canada, en Belgique ou aux États-Unis, ont quitté le Gabon sous le régime d’Ali Bongo, se déclarant menacés pour leurs opinions. Nombre d’entre eux ont obtenu le statut de réfugié politique, parfois même l’asile en urgence, au nom d’un danger alors réel. Mais depuis le 30 août 2023, la chute de l’ancien régime a modifié la donne politique et aboli, de facto, la base de leur persécution présumée. Or, certains persistent à instrumentaliser leur statut pour se positionner comme des « résistants » autoproclamés face à un pouvoir qui n’a pourtant rien de comparable à celui qu’ils ont fui. Pire, les réseaux sociaux deviennent leur champ de bataille privilégié, un théâtre où ils usent d’un langage d’une rare violence, déversant insultes, calomnies, appels à la révolte armée voire à l’assassinat du président de la République. Ils s’attaquent indistinctement aux magistrats, aux journalistes, aux ministres, aux familles… dans un mépris total des normes morales, juridiques et diplomatiques. Une nouvelle économie de la haine en ligne s’est installée, où les « likes » et les vues monétisées remplacent le débat d’idées. Le cas de Nazih Marwan Al‑Azzi, alias « X Nazih X », en est une illustration extrême. Activiste numérique d’origine libanaise, longtemps installé au Gabon, il s’est livré depuis l’étranger à une campagne numérique virulente mêlant injures publiques, chantage numérique, diffamation et accusations graves contre les plus hautes autorités de l’État. Interpellé au Liban à la demande du Gabon, il est actuellement sous le coup d’une procédure d’extradition. Selon les autorités, Nazih aurait exigé des sommes astronomiques en échange de la non-divulgation de documents compromettants. Ses publications, souvent excessives, n’ont pas seulement porté atteinte à l’image de personnalités publiques : elles ont aussi ouvert un précédent dangereux où le statut d’ancien réfugié se confond avec celui de déstabilisateur numérique.

Il convient ici de rappeler une vérité souvent ignorée : le statut de réfugié politique est encadré par des conventions internationales, notamment la Convention de Genève de 1951. Celle-ci interdit clairement au réfugié de s’ingérer dans la politique intérieure de son pays d’origine. Il en va du respect des souverainetés étatiques, mais aussi de la responsabilité des États hôtes qui, en tolérant de telles dérives, s’exposent à la rupture d’un équilibre diplomatique fragile.
Il est donc légitime de poser la question suivante : quelles démarches ont été entreprises par l’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides) pour réévaluer la pertinence de ces statuts à la lumière du changement politique majeur au Gabon ? Car l’État gabonais, par la voix du chef de l’État Brice Clotaire Oligui Nguema, a clairement appelé les réfugiés politiques à revenir, assurant leur sécurité et leur réintégration dans la vie publique. Plusieurs figures notoires de l’exil ont d’ailleurs répondu à cet appel avec succès.
Il ne s’agit pas ici de nier les dérives possibles d’un pouvoir post-transition, ni d’imposer un silence forcé à ceux qui expriment leur désaccord. Il s’agit de dresser une ligne claire entre la critique démocratique et le sabotage numérique, entre la liberté d’expression et la haine en ligne, entre le droit d’alerte et le chantage public.
Il serait donc opportun pour les autorités gabonaises de saisir officiellement l’OFPRA et les instances similaires dans les pays concernés afin d’initier une révision des statuts de ces individus. Cela, non par esprit de vengeance, mais par souci de cohérence diplomatique et de pacification des débats.
Le Gabon de demain ne pourra émerger que sur les bases d’une expression publique apaisée, encadrée par le droit, respectueuse des personnes et des institutions. Le défi est immense, mais nécessaire : démocratiser sans tomber dans la permissivité destructrice. À ce titre, la question des activistes numériques radicalisés, réfugiés d’hier et pyromanes d’aujourd’hui, mérite une attention politique et diplomatique de premier plan.

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