Il est des moments où une nation attend autre chose que des annonces. Elle attend des réponses. Le Gabon traverse aujourd’hui une zone de turbulence sociale silencieuse mais profonde. La vie chère continue de peser sur les ménages. Les produits de première nécessité grimpent. Les loyers s’ajustent sans régulation visible. Le panier de la ménagère devient un baromètre cruel du pouvoir d’achat. Dans le même temps, la précarité de l’emploi s’installe. Dans le secteur pétrolier, longtemps présenté comme colonne vertébrale de l’économie nationale, des travailleurs vivent dans l’incertitude : contrats précaires, sous-traitance opaque, reclassements incertains. Le modèle extractif, sans transformation structurelle, montre ses limites sociales. L’école, quant à elle, demeure un malaise persistant. Classes surchargées, infrastructures insuffisantes, tension permanente entre réformes annoncées et réalités vécues. L’éducation, socle de toute ambition nationale, semble avancer sans boussole clairement partagée.
La santé reste un défi quotidien pour des milliers de Gabonais. L’accès aux soins spécialisés demeure difficile. Les plateaux techniques sont inégalement équipés. La promesse d’un système plus inclusif peine à se traduire dans les centres hospitaliers périphériques. À cela s’ajoute une fracture énergétique préoccupante. Les coupures intempestives de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG) rythment le quotidien des familles et des entreprises. Les difficultés d’accès à l’eau potable persistent dans plusieurs quartiers. L’électricité et l’eau ne sont pas des privilèges : elles sont des droits fondamentaux dans un État moderne. Ces réalités ne relèvent pas du commentaire politicien. Elles touchent le cœur du contrat social. Lors de la transition, le Chef de l’État avait incarné une promesse : celle d’un retour à l’écoute, d’une gouvernance plus proche, d’un engagement en faveur des préoccupations quotidiennes des citoyens. Beaucoup avaient salué en lui un sens du dialogue et une disponibilité rare. Cette écoute est-elle toujours au centre de l’action publique ? Un chef ne se justifie pas. Il décide. Il assume. Mais il possède aussi une qualité essentielle : la capacité de corriger le cap lorsque la trajectoire comporte des risques pour l’équilibre social. La stabilité d’un pays ne repose pas uniquement sur des équilibres institutionnels. Elle se construit d’abord sur la justice sociale, sur la perception d’une équité réelle, sur la certitude que les priorités nationales correspondent aux attentes des populations.
Aujourd’hui, l’agenda social mérite d’être replacé au cœur de l’action gouvernementale. Cela ne signifie pas renoncer aux réformes structurelles, ni aux projets d’investissement, ni aux ambitions numériques. Cela signifie hiérarchiser. La vie chère, l’emploi, l’école, la santé, l’énergie, l’eau : voilà les fondamentaux. Un virage social assumé constituerait non seulement une réponse aux tensions perceptibles, mais aussi une démarche de réconciliation profonde avec des pans entiers de la société. Les jeunes, les travailleurs, les enseignants, les soignants, les ménages modestes n’attendent pas des discours. Ils attendent des signaux concrets. Le Président de la République est attendu sur ce terrain. Non par défiance, mais par exigence. Non par hostilité, mais par espérance. Le pays a montré qu’il savait se mobiliser lors des moments décisifs de son histoire récente. Il a également démontré qu’il restait attaché à la stabilité. Mais la stabilité durable ne peut prospérer sur une perception d’abandon des urgences sociales. Revenir aux fondamentaux n’est pas un recul. C’est un acte de lucidité politique. L’histoire montre que les grandes transitions réussies sont celles qui n’oublient jamais le quotidien des citoyens. C’est là que se mesure la profondeur d’un engagement. C’est là que se consolide la confiance. Le Gabon n’a pas besoin de justifications. Il a besoin d’actions visibles sur ce qui le touche chaque jour. L’agenda social n’est pas une option. Il est l’horizon immédiat.