Sauver l’année 2026 : le courage d’un choix

L’Éducation nationale gabonaise traverse une zone de turbulence dont l’ampleur ne peut plus être minimisée. Grèves à répétition, climat social dégradé, incertitudes sur la continuité pédagogique : l’année scolaire 2026 est sérieusement menacée. Mais contrairement à une lecture simpliste, cette crise n’est pas le résultat d’une défaillance collective des enseignants. Elle est avant tout le produit d’un problème de gouvernance, aggravé par une rupture persistante entre le ministère de tutelle et les acteurs du terrain. Le Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a pourtant posé un acte politique fort. Le 14 janvier 2026, en ordonnant la régularisation de plus de 6 900 situations administratives dans l’Éducation nationale, il a démontré que l’État pouvait décider et agir. Intégrations, mises en solde, présalaires et corrections de carrières ont permis à des milliers d’enseignants de sortir d’une précarité injustifiable. Cet engagement présidentiel n’était ni symbolique ni opportuniste.

Ce geste a rappelé une évidence trop souvent oubliée : gouverner, ce n’est pas différer, c’est trancher. Là où le système administratif s’était enlisé dans les lenteurs et les approximations, l’autorité politique a assumé sa responsabilité. Mais cette avancée majeure n’a pas suffi à apaiser le climat social. Et pour cause : l’action présidentielle se heurte à une gouvernance ministérielle qui peine à s’inscrire dans la même logique de dialogue et de transparence. La ministre d’État, ministre de l’Éducation nationale, Carmélia Ntoutoume Leclercq, apparaît aujourd’hui au cœur du blocage. Alors que les principes de communication portés par le Chef de l’État reposent sur l’inclusion, la concertation et la clarté, la gestion ministérielle donne le sentiment d’un pouvoir exercé en vase clos, sans réelle co-construction avec les enseignants et leurs représentants. Pire encore, les annonces répétées de reprise des cours ne suffisent pas à rétablir un climat de confiance et de paix dans le système éducatif. Sans dialogue véritable et sincère, ces déclarations sonnent creux et entretiennent la défiance. Dans un secteur aussi sensible que l’éducation, l’exclusion et la communication unilatérale sont des fautes politiques. Les enseignants ne réclament pas l’impossible. Ils demandent à être écoutés, respectés et associés aux décisions qui engagent leur avenir professionnel et celui des élèves. Refuser le dialogue, ou le réduire à une formalité, revient à transformer une crise sociale en crise de confiance. L’État ne peut durablement réformer contre ceux qui font vivre l’école au quotidien.

L’intervention directe du Président a également mis en lumière les insuffisances du pilotage ministériel. Comment expliquer que des enseignants aient exercé pendant des années sans statut clair ? Que des sortants d’écoles de formation aient été laissés dans l’attente administrative ? Ces situations ne relèvent ni de la fatalité ni du passé lointain. Elles traduisent un déficit d’anticipation et de suivi au sein du ministère de l’Éducation nationale. Dès lors, la question n’est plus seulement sociale. Elle est éminemment politique. Quand un ministre devient un facteur de tension plutôt qu’un artisan de solutions, le maintien en poste pose problème. Dans toute démocratie fonctionnelle, le sens de la responsabilité implique de savoir se retirer lorsque l’intérêt général l’exige. La ministre doit faire preuve d’humilité et de sagesse : c’est en acceptant de céder la place que l’on peut véritablement contribuer à sauver l’année scolaire 2026. « Il n’y a pas de mauvais soldats, seulement de mauvais officiers », dit l’adage inspiré de Napoléon. Appliqué à l’éducation, il rappelle que la responsabilité du désordre n’incombe pas aux enseignants, mais à la chaîne de commandement. Le Chef de l’État a montré qu’il était prêt à assumer ses choix. Il appartient désormais à l’exécutif de tirer toutes les conséquences de cette crise. Pour sauver l’année scolaire 2026, un signal fort est nécessaire. Ce signal ne peut être ni un énième communiqué ni une promesse supplémentaire. Il passe par un changement à la tête du ministère de l’Éducation nationale, afin de rétablir le dialogue, restaurer la confiance et remettre l’école gabonaise sur le chemin de la stabilité. L’éducation est trop stratégique pour être otage d’un blocage politique. Quand l’avenir d’une génération est en jeu, le courage du choix devient une obligation.

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