Un effort collectif s’impose

Le gouvernement aura du mal à nier que dans la crise qui l’oppose au monde de l’éducation depuis un mois et demi, et qui commence à devenir une menace sérieuse sur l’année scolaire, il n’est pas tourmenté par des préoccupations d’ordre financier. A un moment où les tensions de trésorerie se lisent à travers l’avancement poussif de certains chantiers, l’exécutif craint un appel d’air en donnant satisfaction à l’essentiel des revendications des enseignants, dans la mesure où la majorité des agents publics rencontrent les mêmes problèmes : intégration, avancement, reclassement, rappels solde, etc. Même les retraités disent être titulaires de créances auprès de l’Etat. Parce qu’il n’est pas bon que la crise dans le secteur éducatif perdure, pour éviter l’effet domino qui s’annonce et la paralysie qui risque d’en découler, toute la classe dirigeante devrait consentir un effort. En leur temps, à sa demande, les intimes d’Omar Bongo avaient accepté de se déporter après la conférence nationale, en 1990, afin de permettre au président de contenir la bourrasque politique qui s’abattait sur le pays avec une impétuosité inédite depuis les indépendances. Premier vice-Premier ministre, Georges Rawiri, considéré comme le président bis, s’était contenté du placard de haut représentant personnel du chef de l’Etat. Onero (ainsi que l’appelait Omar Bongo) avait dû attendre la mise place du Sénat, en 1997, pour revenir sous les projecteurs. D’autres fidèles ayant accepté momentanément des voies de garage, le groupe a continué à régner jusqu’à la mort du chef de l’Etat, en juin 2009, au bout de quatre décennies de pouvoir.

Le président de la République est fondé à demander à la classe dirigeante un effort significatif en vue de la réduction du train de vie de l’Etat, ostensiblement dispendieux. La taille des institutions, les avantages matériels de leurs dirigeants et le parc automobile public, entre autres indicateurs, en disent long. Brice Clotaire Oligui Nguema a déjà montré l’exemple, en renonçant à une grande partie de ses fonds de souveraineté. Dommage que cette décision, présentée aux parlementaires par le ministre des Finances sortant, n’ait pas fait l’objet de la publicité qu’elle mérite. Une loi de finances rectificative serait un signal fort, en direction non seulement de la communauté nationale, mais également des institutions financières multilatérales, alors que l’on parle de l’ouverture de négociations avec le Fonds monétaire international.

Lors d’un des Conseils des ministres qui ont immédiatement suivi sa prestation de serment, le président de la République a pris des mesures de réduction du train de vie de l’Etat. Il convient d’aller plus loin. Les dirigeants doivent accepter qu’il opère des coupes judicieuses dans les dépenses des institutions. Cette option permettra de tuer la conviction que les Gabonais ont qu’une bourgeoisie paresseuse vit aux crochets de l’Etat. Les enseignants l’ont abondamment invoquée pour justifier leur radicalisme. Il est temps de convaincre d’une répartition équitable de la richesse nationale. Equitable, pas égale. Il est évident que certains auront toujours un peu plus que les autres, en fonction des secteurs d’activité. Mais que chacun soit persuadé que sa rétribution est proportionnelle à la tâche qu’il accomplit. Prenons le cas sous la main. Pendant que le fonctionnaire affecté à la collecte de l’impôt dort du sommeil du juste, l’enseignant, lui, corrige les copies et prépare les cours du lendemain. Sa tâche se trouve décuplée quand il tient plusieurs niveaux. Même pendant les vacances intermédiaires, il continue de travailler. Et au cours des grandes vacances, les plus consciencieux remanient les enseignements, afin de ne pas sombrer dans la routine sclérosante. C’est dans ce sens qu’il a été instauré la prime de garde pour le personnel de santé. Attention à ne pas se brouiller avec le gros du corps électoral, même si les prochaines échéances sont encore lointaines. Les crises d’aujourd’hui peuvent causer des meurtrissures. Il est clair que qui veut aller loin ménage sa monture. Ce ne sont pas seulement les membres des institutions républicaines qui votent, mais plutôt les fonctionnaires et leurs nombreuses familles. A l’avenir, dans la résolution des crises, il importe de proscrire les méthodes du passé, qui consistent à étouffer les problèmes en cherchant à empocher les leaders des syndicats. Elles ne font que fabriquer des bombes à retardement, à l’image de celle qui a fini par exploser début janvier dans le secteur éducatif et qui a causé une surexposition du président de la République, aujourd’hui abondamment cité sur les réseaux sociaux.

Il faudra, par ailleurs, tenir les sécurocrates à l’écart. L’arrestation de leaders syndicaux n’a jamais résolu les problèmes de fond, encore moins quand le mobile de l’interpellation est un fourre-tout : trouble à l’ordre public. Les derniers cas en date ont plutôt radicalisé les enseignants, qui ont fait de la libération des leurs un préalable à la reprise des négociations. Le pouvoir aurait pu éviter de perdre la face au moment de la mise en liberté, quoique provisoire, des leaders syndicaux. La communication gouvernementale, en ce qui la concerne, n’a pas gagné en crédibilité quand elle a présenté un des deux leaders comme étant admis à faire valoir ses droits à la retraite et, donc, mal placé pour intervenir en assemblée générale. De plus, elle a laissé prospérer des thèses de velléités de déstabilisation du pays sans les étayer. Il en fut ainsi à maintes reprises sous les Bongo. Tout cela a créé une atmosphère désagréable de suspicion, de méfiance et même de défiance. Il en a résulté la conviction au sein de la communauté enseignante, et peut-être de l’opinion en général, qu’il manque à l’exécutif la volonté de résoudre les problèmes, préférant user de ruse et de roublardise.

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