Rentrée scolaire 2025 – 2026 : l’école gabonaise face à l’asphyxie

Cette rentrée 2025 révèle une fois encore l’état d’asphyxie de l’école gabonaise. Derrière un taux de scolarisation flatteur, c’est un système éducatif à bout de souffle qui se dévoile : déficit criant de salles de classe, enseignants en nombre insuffisant, programmes surannés, redoublements massifs. Pire encore, à la tête de ce ministère vital, un ministre davantage versé dans la politique politicienne que dans l’éducation elle-même. Le déficit de plus de 3 500 salles de classe étouffe l’ensemble du système. Dans les grandes villes comme Libreville et Port-Gentil, il n’est plus rare de voir 50 à 100 élèves entassés dans une seule salle, parfois délabrée. Faute de structures adaptées, certains établissements primaires sont transformés en collèges, sacrifiant les plus jeunes à l’improvisation. Cette situation n’est pas nouvelle : depuis plus d’une décennie, l’État reporte un plan ambitieux de construction scolaire. Résultat : la croissance démographique des élèves a largement rattrapé et dépassé la capacité d’accueil. La crise ne se limite pas aux murs. Le déficit d’enseignants est particulièrement dramatique dans les disciplines fondamentales mathématiques, physique-chimie, SVT qui devraient pourtant être au cœur de la formation de la jeunesse. Les chiffres sont parlants : 46 élèves pour un enseignant au primaire, 48 au secondaire, soit deux fois la moyenne de pays comparables.

De plus, une partie du corps enseignant est vieillissante, sans programmes de recyclage ni formation continue. Les absences répétées, souvent liées à des conditions de travail déplorables, amputent encore davantage le temps d’apprentissage. Au-delà de l’infrastructure et du personnel, c’est le contenu même de l’école qui interpelle. Les curricula actuels demeurent figés, hérités de logiques anciennes. Dans un monde dominé par les évolutions technologiques intelligence artificielle, numérique, sciences appliquées, les élèves gabonais continuent d’être formés sur des bases déphasées et peu compétitives. Ce retard creuse un fossé inquiétant entre la jeunesse gabonaise et ses pairs du reste du monde, mieux préparés à affronter les réalités économiques et professionnelles du XXIe siècle. Face à cette crise systémique, on aurait attendu du ministre de l’Éducation nationale qu’elle engage des réformes ambitieuses : construction d’écoles, recrutement d’enseignants, modernisation des programmes, recyclage du corps enseignant. Au lieu de cela, elle s’illustre par son activisme politique. Déplacements de convenance, discours partisans, calculs pour se maintenir : tout laisse penser qu’elle consacre plus d’énergie à sa carrière personnelle qu’à la mission dont elle a la charge. Son ministère, qui devrait être le chantier prioritaire du septennat, est réduit à une simple plateforme de positionnement politique.

Dès les premiers mois du septennat, le pouvoir a commis une erreur stratégique : ne pas avoir fait de l’éducation la priorité nationale. Comment espérer développer un pays sans des citoyens bien formés ? Sans révolutionner le tissu éducatif, aucun projet de société ne peut tenir. Les budgets colossaux consacrés aux infrastructures visibles routes, ponts, immeubles administratifs ont pris le pas sur le développement humain, pourtant la clé de voûte de tout progrès durable. Le choix est d’autant plus incompréhensible que, dans le même temps, l’État a supprimé les bourses d’études à destination des pays à systèmes éducatifs valorisants, notamment dans l’Union européenne, aux États-Unis et au Canada. Une décision qui prive les jeunes gabonais de la possibilité de se former au meilleur niveau mondial. C’est l’inverse de ce qu’ont fait les grandes puissances émergentes : le Brésil, la Chine, l’Inde avant même de bâtir autoroutes et gratte-ciels ont d’abord modernisé leur système éducatif et investi massivement dans l’envoi de leurs étudiants dans les meilleures universités étrangères. Aujourd’hui, ces pays récoltent les fruits de cette vision stratégique. Libreville a fait le choix opposé, celui d’un développement sans socle humain. Les conséquences sont lourdes et immédiates : des classes pléthoriques, synonymes d’apprentissage dégradé ; des programmes inadaptés qui préparent mal à l’avenir ; un corps 37 % au primaire. Cette inertie menace directement l’avenir d’une génération, déjà fragilisée par les difficultés économiques et sociales. Le drame est qu’au lieu d’affronter ces urgences, le ministre détourne son regard, préférant l’arène politique à l’école. L’école gabonaise est en train de devenir le talon d’Achille du pays. Sans un plan massif de construction, de recrutement, de formation et de modernisation des programmes, la jeunesse sera sacrifiée. Dans ce contexte, une question s’impose : un ministre qui politise sa fonction au lieu de sauver l’école doit-il encore rester en poste ?

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