LE BUDGET BASE ZÉRO : LE GABON SE DONNE LES MOYENS DE RÉINVENTER SA GOUVERNANCE FINANCIÈRE

Lors du Conseil des ministres du 8 septembre 2025, le Gouvernement a franchi une étape historique en validant l’adoption du budget base zéro pour le projet de loi de finances 2026, fixé à 7 233,3 milliards de FCFA, avec une projection ambitieuse de croissance économique à 7,9 % du PIB. Cette décision, qui peut sembler purement technique, marque en réalité une rupture politique et institutionnelle majeure. Elle s’inscrit dans la volonté du Président de la République de traduire en actes concrets le projet de société « Bâtissons un édifice nouveau », qui repose sur six piliers structurants.

Rompre avec l’inertie budgétaire

Jusqu’à présent, la construction budgétaire reposait sur une logique dite « incrémentale » : on reprenait le budget de l’année précédente, on y ajoutait quelques ajustements, et on reconduisait automatiquement des lignes de dépenses, parfois sans les questionner. Ce mécanisme avait deux effets pervers : il entretenait des charges obsolètes et il figeait des gaspillages. Avec le budget base zéro, chaque dépense doit désormais être justifiée comme si elle apparaissait pour la première fois. En clair, aucune reconduction par habitude, aucune inertie comptable. Le gouvernement demande aux administrations : « Pourquoi devons-nous financer cette dépense ? Quel impact produit-elle réellement ? À quelle priorité nationale répond-elle ? »

Un outil au service des six piliers présidentiels

Le choix de cette réforme n’est pas isolé. Il s’inscrit dans le cadre du projet présidentiel et trouve une articulation claire avec les six piliers définis par le Chef de l’État. Lutte contre la vie chère : en réévaluant chaque dépense, le budget base zéro permet de cibler les ressources vers les mesures de soutien aux ménages, la régulation des prix et la stabilisation du panier de la ménagère. L’enjeu est de montrer que chaque franc dépensé doit produire un effet mesurable sur la vie quotidienne.

– Diversification économique : le budget base zéro devient un filtre pour distinguer les dépenses productives de celles qui entretiennent la dépendance. Les projets miniers devront prouver leur apport en valeur ajoutée locale ; l’agriculture, son impact sur l’autosuffisance alimentaire ; le numérique, sa contribution à l’innovation.

– Bonne gouvernance et transparence : cette réforme élimine le confort des dépenses routinières, où se cachaient parfois des pratiques opaques. Chaque ministère devra fournir des indicateurs de performance, renforçant ainsi la traçabilité des fonds et limitant les marges de corruption.

– Modernisation des infrastructures : plutôt que de disperser les financements sur des projets dispersés ou partiellement exécutés, le budget base zéro impose de hiérarchiser. Les routes, l’énergie, l’eau potable ou les hôpitaux seront financés en fonction de leur pertinence stratégique et de leur taux de réalisation.

– Capital humain : dans les secteurs de la santé et de l’éducation, les dépenses devront démontrer un lien direct avec l’amélioration de la qualité des services. Par exemple, financer un programme de formation ne suffira pas : il faudra prouver combien de jeunes diplômés trouvent un emploi à la suite de ce programme.

– Souveraineté économique : en rationalisant les dépenses et en réduisant les gaspillages, le Gabon libère des marges de manœuvre pour financer ses priorités sans recourir systématiquement à l’endettement. Cette autonomie est un pilier de la dignité nationale que le Président de la République veut réaffirmer.

Une réforme exigeante, mais porteuse de transformation

L’application du budget base zéro ne sera pas un exercice de style. Elle demande une administration solide, capable de collecter des données fiables et de mesurer la performance de chaque dépense. Elle suppose aussi une volonté politique constante, car la résistance ne manquera pas : beaucoup avaient pris l’habitude de voir reconduites des lignes budgétaires qui servaient parfois plus des intérêts particuliers que l’intérêt général. Mais le contexte est favorable. Déjà, le Conseil des ministres du 12 août 2025 avait salué des recettes budgétaires de 2 878,80 milliards de FCFA, soit un taux de recouvrement record de 132,99%. Ce résultat prouve qu’en matière de finances publiques, la rigueur et l’innovation portent leurs fruits. Le budget base zéro ne vient donc pas en terrain vierge : il s’inscrit dans une dynamique de redressement déjà amorcée depuis la transition.

 Un pari de crédibilité et de confiance

Le message de cette réforme dépasse les chiffres. Il dit aux Gabonais : « Chaque franc que vous contribuez par vos impôts sera évalué, mesuré et orienté vers vos priorités. » Il dit aux bailleurs Jeunesse : « L’État s’engage à dépenser pour bâtir, et non pour gaspiller. » En somme, le budget base zéro est bien plus qu’une méthode technique. C’est une philosophie politique : celle de la Cinquième République qui choisit la rigueur contre la facilité, la transparence contre l’opacité, l’avenir contre le poids du passé. « Quand la case est bien bâtie, même la pluie ne fait pas peur. »

Propos de David EKEKE L’Africain d’Afrique

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