Alors que le gouvernement annonce l’instauration d’une taxe forfaitaire sur l’habitation, de nombreux citoyens expriment leur incompréhension. Manque de transparence, conditions de vie précaires et défiance envers la gestion des finances publiques, ces Gabonais interrogent le bien-fondé d’une mesure jugée injuste et prématurée.

« Dans les pays sérieux, on justifie les moindres taxes »
La taxe sur l’habitation est un sujet important. La question est de savoir pourquoi cette taxe existe, dans quel intérêt elle est instaurée et à qui elle profite concrètement.
Les partisans et défenseurs de cette taxe nous diront qu’elle existe ailleurs. C’est vrai : elle est pratiquée dans d’autres pays. Mais comparaison n’est pas raison. Ce n’est pas parce que cette taxe est appliquée dans deux ou trois pays africains que nous devons nécessairement l’adopter au Gabon. Il existe aussi des pays dans le monde qui ne pratiquent pas ce type de taxe. Dans les pays sérieux, les taxes sont toujours justifiées, même les plus minimes. Lorsqu’on crée une taxe, on doit expliquer clairement son intérêt. Or, depuis quelques années, le gouvernement gabonais a décidé d’appliquer un certain nombre de taxes : la taxe sur les ordures ménagères, par exemple. Pourtant, les poubelles débordent toujours à Libreville, les camions de ramassage ne passent pas régulièrement et l’assainissement reste insuffisant dans les quartiers. Malgré cela, la taxe est prélevée. Il y a aussi la fameuse taxe sur l’audiovisuel. On pensait qu’elle améliorerait la qualité des médias publics, mais ceux-ci restent toujours aussi médiocres. En réalité, ces différentes taxes n’ont apporté aucune amélioration visible dans le quotidien des Gabonais, ni dans le contenu des programmes télévisés, ni dans leur confort de vie.
Aujourd’hui, une taxe supplémentaire est annoncée. Nous sommes donc en droit de nous demander : à quoi servira-t-elle ? À qui profitera-t-elle ? Aucune explication concrète n’a été donnée. On affirme que tel quartier paiera 1 000 FCFA et tel autre 30 000 FCFA, mais dans tous les cas, cela reste injuste. Dans des quartiers comme la Sablière ou Batterie 4, on évoque des montants de 30 000 FCFA, ce qui peut sembler justifié. Mais derrière Batterie 4, il y a aussi les mapanes et les matitis, où vivent des populations très démunies. Ces réalités sont ignorées. De même, on affirme que dans les PK, la taxe sera de 1 000 FCFA. Or, les PK ne sont pas tous des quartiers sous-intégrés. Il y a aussi des personnes fortunées qui y résident et qui paieront moins que des familles pauvres vivant ailleurs. Ce qui est regrettable, c’est que cette taxe a été décidée sans consulter les spécialistes. Pourtant, le Gabon compte des juristes, des politologues et des économistes qualifiés. On n’a pas pris le temps d’une réflexion approfondie. Cette taxe a été lancée à la hâte, donnant l’impression d’un nouveau racket du peuple gabonais. Beaucoup de Gabonais ressentent cette mesure comme une arnaque supplémentaire destinée à extorquer de l’argent à une population déjà éprouvée. Le gouvernement aurait gagné en crédibilité en expliquant d’abord l’intérêt de cette taxe et en la rendant plus légitime. D’autant plus que les salaires n’ont pas augmenté, que les prix flambent sur les marchés et que la vie devient de plus en plus chère. Imposer une nouvelle taxe dans ces conditions ne peut qu’entraîner de fortes critiques. Prendre une décision en novembre ou décembre pour l’appliquer dès janvier ne laisse aucun temps aux citoyens pour s’y préparer. Il aurait fallu expliquer le bien-fondé de cette taxe et clarifier l’utilisation des recettes des taxes existantes.
On parle de 2,8 milliards de FCFA à collecter. Cet argent pourrait être trouvé autrement, notamment en réduisant le train de vie de l’État, le budget de la Défense, celui de la Présidence ou de certaines institutions. Cela permettrait de combler largement le besoin financier sans imposer une charge supplémentaire à la population.

« Il n’est pas conseillé qu’on nous demande de payer des taxes sur l’habitat »
Je suis un Gabonais lambda, conscient de ses responsabilités, et j’ai participé à la dernière élection présidentielle en votant pour l’élu du peuple. J’estime donc avoir le droit de donner mon avis sur les réformes engagées par la nouvelle République, que beaucoup considèrent comme la Cinquième République. Concernant la taxe forfaitaire sur l’habitation, un sujet qui fait aujourd’hui polémique, je pense que cette décision aurait dû tenir compte de plusieurs réalités : les conditions de vie des populations, leurs conditions d’habitation, ainsi que les situations scolaire et sanitaire. Il est incompréhensible qu’au moment où le pays cherche à amorcer un nouveau départ, à corriger plus de quarante ans de mauvaises pratiques, la priorité soit l’instauration d’une nouvelle taxe. Rien ne prouve que cette taxe sera utilisée à bon escient. Pour l’instant, elle n’a pas lieu d’être. Il existe des problèmes plus urgents à régler. Nous sommes Africains, nous sommes sur nos terres. À qui payons-nous ces taxes sur l’habitat, et pour quoi faire ? À qui profitent réellement toutes les taxes payées au Gabon ? Par ailleurs, comment les chômeurs pourront-ils payer cette taxe ? Elle sera prélevée via la SEEG, une entreprise déjà très critiquée par les populations. À mon humble avis, cette taxe doit être revue.

« Ils veulent être rassurés que l’argent de l’État est bien utilisé »
Mon avis sur la taxe d’habitation est mitigé. En soi, elle n’est pas forcément mauvaise, car elle est censée soutenir l’économie et aider l’État à faire face à ses dépenses et à ses dettes.
Cependant, elle intervient dans un contexte politique particulier, marqué par une forte défiance entre le peuple et l’État. Le procès Noureddine Bongo a révélé des détournements de plusieurs milliards, sans que l’on sache clairement ce qu’est devenu cet argent. Qu’a-t-on fait des fonds saisis ? Des comptes bancaires bloqués ? Plus récemment encore, d’autres scandales financiers ont éclaté. La population se demande pourquoi ce sont toujours les citoyens, aux revenus déjà faibles, qui doivent payer pour compenser les détournements commis par certains responsables. Cela crée un profond sentiment d’injustice. La taxe sur l’habitation n’est pas mauvaise en soi, mais elle aurait été plus acceptable dans un autre contexte. Aujourd’hui, les populations veulent avant tout être rassurées : elles veulent la garantie que l’argent public est utilisé à bon escient.