À quelques semaines des élections locales et législatives, Brice Lacruche Alihanga, ancien directeur de cabinet du président Ali Bongo Ondimba, revient dans l’arène politique gabonaise. Discret dans la forme, mais symboliquement fort, ce retour prend la forme d’un engagement en tant que membre du Conseil stratégique national pour la province du Haut-Ogooué, au sein de l’Union Démocratique des Bâtisseurs (UDB), le parti du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema.
Un retour forgé dans l’épreuve

Invité sur le plateau de TV5 Monde, Brice Lacruche Alihanga a livré un témoignage saisissant sur ses quatre années de détention en isolement total. Privé de promenade, de lecture, de visite, il évoque un quotidien carcéral qu’il qualifie d’“enfer”, au cours duquel il a contracté un cancer et perdu plus de 40 kilos. Une épreuve qu’il n’a pas oubliée, mais qu’il utilise désormais comme point d’ancrage pour un engagement renouvelé au service du pays.
S’il précise ne pas revenir en tant que candidat ni chef de parti, c’est en soutien au projet porté par le président Oligui Nguema qu’il s’engage, convaincu qu’un changement profond est encore possible. Il se dit déterminé à apporter sa part, sans ambition exécutive, mais avec la volonté d’accompagner un projet collectif de reconstruction.
Une rupture assumée avec le système Bongo-Valentin
Si Brice Lacruche Alihanga assume avoir appartenu au cœur du pouvoir sous Ali Bongo, il n’hésite plus à dénoncer la nature du régime auquel il a participé. Il parle d’un système “fermé”, “verrouillé”, voire “mafieux”, dans lequel toute tentative de réforme ou de sortie était sévèrement réprimée. Il raconte un épisode particulièrement marquant de cette période qui s’est produit peu avant son arrestation en 2019. Il affirme avoir été convoqué par Nourredin Bongo lui-même, qui lui aurait alors tenu ces propos
« Mon grand-père a été président, mon père l’est encore, et moi je le serai. Est-ce que tu es avec moi ou contre moi ? »
Un projet qu’Alihanga dit avoir fermement refusé, ce qui selon lui a accéléré sa descente aux enfers. Il affirme que son incarcération visait avant tout à le briser politiquement, et aujourd’hui, il dit ne pas pouvoir laisser ces mêmes acteurs se “victimiser” en liberté, alors qu’ils ont été au cœur de ce qu’il nomme “la machine répressive du pouvoir”.Pour lui, ce moment symbolise le cynisme d’un clan déterminé à se perpétuer coûte que coûte, quitte à broyer tous ceux qui s’y opposeraient
Un appui affirmé au président Oligui Nguema
Aujourd’hui, Brice Lacruche Alihanga affiche son soutien sans ambiguïté au président Oligui Nguema, au pouvoir depuis la fin du régime Bongo en août 2023. Il salue la création de l’Union Démocratique des Bâtisseurs comme un véritable instrument de renouveau politique, en rupture avec l’ancien système.
Il met en avant la composition profondément renouvelée du parti “95 % de nouveaux cadres”, affirme-t-il et une ligne politique centrée sur l’inclusion, la responsabilité et la justice sociale. Selon lui, le régime actuel fait face à une tentative de sabotage orchestrée par les anciens tenants du pouvoir, notamment ceux qu’il appelle “les Bongo et Valentin associés”, qu’il accuse de vouloir se victimiser alors qu’ils ont, selon lui, dirigé le pays dans l’ombre avec brutalité.
Plaidoyer pour une justice équitable et non sélective
Interrogé sur l’idée d’une commission “Vérité et Réconciliation”, Brice Lacruche Alihanga préfère mettre l’accent sur la justice et la responsabilité individuelle. Il défend un traitement impartial des dossiers, demande que les enquêtes soient menées avec sérieux, et appelle à ne pas répéter les pratiques d’impunité du passé. Il rappelle s’être présenté librement devant la justice gabonaise, malgré la maladie, et avoir assumé sa condamnation tout en se pourvoyant en cassation. Il attend la même rigueur de la part de ceux qui, selon lui, ont fui à l’étranger et refusent de répondre devant la justice, tout en tentant de se faire passer pour des martyrs.
Brice Lacruche Alihanga incarne aujourd’hui une figure complexe : celle d’un ancien haut responsable du régime Bongo qui, fort de son expérience et transformé par l’épreuve, prend aujourd’hui ses distances avec un système qu’il juge irréformable. Son retour sur la scène politique ne relève pas d’un calcul personnel, mais d’une volonté de contribuer à un nouveau chapitre pour le Gabon, sous l’impulsion du président Oligui Nguema. Dans un pays où le pouvoir a longtemps été l’apanage d’un clan, la prise de parole de ceux qui en viennent mais refusent d’y retourner peut être un levier de transformation, si elle s’inscrit dans la vérité, la lucidité et l’intérêt collectif.
1 réflexion sur “Brice Lacruche Alihanga, du cœur du pouvoir à l’espoir d’un renouveau”
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