Les fins observatrices des mœurs politiques gabonaises scrutent la copie que l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB) a livrée, s’agissant de ses candidats aux élections législatives et locales du 27 septembre prochain. Si, sur le papier, la formation du président de la République, âgée d’à peine un mois, s’est essayée au renouvellement de la classe politique auquel les Gabonais n’ont de cesse d’appeler, les dessous de cette opération révèlent que derrière chaque nouveau visage se cache un cacique, généralement un ancien hiérarque du Parti démocratique gabonais (PDG). L’écurie qui a dirigé le pays pendant plus d’un demi-siècle, jusqu’à ce qu’elle se réveille avec la gueule de bois le 30 août 2023, a enregistré une hémorragie ces derniers temps, au profit de l’UDB, dont la naissance était sur toutes les lèvres avant même la présidentielle du 12 avril 2025. Toujours est-il que sur certains sièges, les anciens barons du PDG n’ont pas voulu se mettre en arrière-plan, quitte à essuyer le désaveu des populations. Est-ce un manque de confiance envers les jeunes loups, craignant que ces derniers, grisés par les projecteurs, ne respectent pas l’engagement de loyauté ? Est-ce dû au fait que certains acteurs politiques ne sont jamais rassasiés du pouvoir et des grasses prébendes y liées ?
Dans la copie de l’UDB pour les législatives, deux cas retiennent particulièrement l’attention dans la catégorie des anciens hiérarques du PDG qui abhorrent le back office : Aurélien Ntoutoume et Albert Richard Royembo. Le premier, ministre dans au moins deux gouvernements, plusieurs fois députés, n’entend pas prendre la retraite dans le 2e arrondissement de Libreville. A l’Assemblée nationale, il a marqué les esprits non pas par une loi de grande portée sociale ou juridique, mais en présidant de la commission qui avait levé, de façon cavalière, l’immunité parlementaire de Justin Ndoundangoye, député de Franceville, à qui le régent Noureddin Bongo Valentin reprochait le manque de loyauté. Le second s’accroche au 3e arrondissement de Port-Gentil. Dans la capitale économique, il passait pour un soutien indéfectible d’Ali Bongo Ondimba. L’UDB a sans doute aussi besoin d’une voix tonitruante de ce genre. Dans une moindre mesure, on pourra évoquer le cas de Max Samuel Oboumandjogo, figure de la tristement célèbre « Youngteam », le groupe des imberbes qui ont pris le pouvoir au plus fort des ennuis de santé d’Ali Bongo Ondimba, amoindri par un violent accident vasculaire cérébral. Ce rappeur à l’origine refait surface dans sa région d’Okondja, dans le Haut-Ogooué.
Il y a aussi, parmi les chevaux de l’UDB, ceux dont l’élection pourrait leur permettre de se soustraire à la justice, ne serait-ce que momentanément, le temps de l’immunité parlementaire. Le cas le plus éloquent est celui de Brice Constant Paillat. L’ancien ministre des Transports est investi chez lui à Lastoursville (Ogooué-Lolo), alors que le procès relatif au naufrage du bateau Esther Miracle commence et que les avocats des familles des victimes pointent la responsabilité de l’Etat dans ce drame inédit au Gabon, qui a endeuillé plusieurs familles début mars 2023. Il n’est pas acquis que ces manœuvres d’enfumage aux allures d’entourloupettes favorisent un regard bienveillant des citoyens sur l’UDB. Reste même à savoir si elles ne suscitent pas la méfiance vis-à-vis d’une formation politique qui est déjà accusée d’être une usine de recyclage d’anciens hauts cadres du PDG juste bons pour le rebut, qui ont plus brillé par le souci de se servir, afin de mettre leurs familles à l’abri du besoin, que par celui de hisser le pays à un niveau de développement que ses immenses et nombreuses richesses suggèrent.
Dans certaines localités, les services de renseignement ont émis des alertes au sujet du rejet des choix opérés au sommet, sans prise sur la réalité des militants, généralement venant du PDG aussi, plus que jamais désireux d’être associés à la décision. Conformément à l’adjectif « démocratique », qui figure dans la dénomination du parti. Bien que la politique ne s’embarrasse pas toujours de morale, la ruée vers l’UDB des gens qui clamaient leur fidélité au PDG porte à se demander si l’adhésion à l’écurie du président de la République tient à des valeurs, si le seul objectif n’est pas de se mettre dans le camp qui tient les manettes du pouvoir et qui, de ce fait, est susceptible de prodiguer privilèges et autres situations de rente. Si, dans le monde de l’élevage, la transhumance se justifie au gré des saisons, en politique, elle peut révéler une instabilité qui n’est pas de nature à rassurer les gouvernants. L’histoire des régimes politiques conseille de ne pas s’en moquer éperdument.