C’est classique, au fur et à mesure qu’un nouveau régime s’installe, certains de ses membres, à défaut de la totalité, succombent aux attraits du pouvoir. L’écurie de Brice Clotaire Oligui Nguema fera-t-elle exception, d’autant plus qu’elle compte des figures du régime déchu le 30 août 2023 ? C’est l’un des grands défis qui se présentent au président de la République élu triomphalement le 12 avril dernier. Les plaintes fusent d’un peu partout, parfois de départements ministériels tenus par des personnes dont la moralité ne souffre jusque-là d’aucun doute, tant elles n’ont pas un passé chargé et tant la proximité avec le sommet de l’exécutif interdit de penser qu’elles ne partagent pas ses préoccupations en matière de sobriété et de probité. Mais si le président de la République n’a de cesse de rappeler en Conseil des ministres la nécessité de l’exemplarité, ce ne serait pas seulement pour les vertus pédagogiques de la répétition. C’est aussi parce que, en homme bien informé, il apprend forcément des choses pas très nettes. Il y a dans les départements ministériels des officines de la perversion. Pour quiconque l’ignore ou en doute, la confirmation est venue d’un ancien ministre du Pétrole, qui avait confié avoir subi de fortes tentations de la part de ses collaborateurs à la solde des puissances financières du secteur des hydrocarbures. Les ministères juteux n’en ont pas l’exclusivité. Dès lors qu’il y a un budget à gérer, les caciques se mettent en tête d’apprendre au ministre bleu comment ne pas sortir sans un souvenir personnel de son passage au gouvernement. Quand l’autorité montre de la résistance, les officines travaillent au corps ses proches collaborateurs.
Les nominations à l’issue des Conseils des ministres représentent la partie visible de la corruption au pouvoir. Certains responsables ont fini par sombrer, par exemple, dans le népotisme, qu’ils dénonçaient naguère. Ils estiment que c’est leur tour et qu’il faut en profiter au maximum, en casant les proches. Là non plus, les fréquents rappels de la tête de l’exécutif à l’esprit républicain ne visent pas seulement un objectif pédagogique. Qu’en est-il alors de cette rumeur de remaniement du gouvernement dont Libreville bruit depuis quelques semaines ? Comme le conseille La Bible, le président de la République a pleinement le droit de couper les membres qui sont devenus une source de chute. Certains analystes estiment qu’un nouveau changement d’équipe en quelques mois seulement peut donner une impression de tâtonnement ou d’instabilité. Ils craignent une résurgence des erreurs de casting qui ont marqué le magistère d’Ali Bongo Ondimba. Soit, mais il n’est jamais trop tôt pour faire œuvre de salubrité publique. Qui veut aller loin ménage sa monture. C’est dès le début de son mandat que le président de la République devrait songer à décourager les mauvaises mœurs. Après, il sera trop tard ; le ver aura déjà fait pourrir le fruit. A la fin du mandat, Brice Clotaire Oligui Nguema sera seul face à ses compatriotes, face à l’immense majorité des Gabonais qui lui ont fait confiance. Aucun lien, aucune proximité, rien, absolument rien, ne peut justifier qu’il laisse ses chances être compromises par les errements d’un collaborateur. Evidemment que le ménage ne se limitera pas au sommet. Il est question de nettoyer les écuries d’Augias, d’assainir la haute administration qui s’est encrassée depuis plusieurs décennies, où il s’est érigé des roitelets. Dans certains départements, les ministres passent, mais de hauts cadres tout-puissants conservent leurs postes, comme détenteurs de titres fonciers. Bien entendu, il faut se garder des amalgames. Il existe, en effet, de hauts fonctionnaires réellement compétents et qui tiennent la maison dans le désintéressement. Ceux-là méritent plutôt d’être récompensés, d’une manière ou d’une autre, afin de susciter l’esprit d’émulation.