Détenu en Afrique du Sud et visé par une procédure d’extradition engagée par le Bénin, l’influenceur panafricaniste Kemi Seba tente de faire basculer son dossier sur le terrain du droit d’asile. Alors que la justice sud-africaine examine encore sa situation administrative, notamment la validité de ses documents de séjour, l’activiste et deux co-accusés ont vu leur audience renvoyée au 29 avril. Entre enjeux migratoires, accusations judiciaires et tensions diplomatiques, l’affaire dépasse désormais le simple cadre judiciaire.
L’influenceur panafricaniste Kemi Seba, figure critique des puissances occidentales, reste détenu en Afrique du Sud où il fait face à une procédure d’extradition engagée par le Bénin. Dans le même temps, il a déposé une demande d’asile politique pour contester son maintien en détention lié à une situation de séjour irrégulier. Lundi 20 avril, il a comparu devant la Cour de Pretoria aux côtés de son fils et d’un troisième co-accusé. L’audience, qui a duré moins d’une demi-heure, a été renvoyée au 29 avril. Le parquet sud-africain a estimé avoir besoin de davantage de temps pour examiner la demande de libération sous caution. Les trois personnes ont donc été maintenues en détention provisoire. RFI a confirmé le report de cette audience à cette même date. Dans le détail, la justice sud-africaine cherche à vérifier plusieurs éléments administratifs, notamment l’adresse de Kemi Seba sur le territoire et l’authenticité de son passeport diplomatique nigérien. La défense affirme disposer de documents officiels, dont une attestation attribuée à une représentation diplomatique du Niger, sans que ces éléments n’aient permis de modifier la décision du tribunal.

La troisième personne arrêtée aux côtés de Kemi Seba et de son fils a été identifiée comme François van der Merwe, présenté comme responsable d’un groupe identitaire afrikaner d’extrême droite. Les autorités sud-africaines lui reprochent d’avoir facilité une tentative de passage illégal vers le Zimbabwe via le fleuve Limpopo. La question centrale reste celle du statut migratoire de Kemi Seba. Son avocat indique qu’une procédure de demande d’asile est en cours, susceptible de lui permettre de séjourner légalement en Afrique du Sud en tant que réfugié politique. Un représentant de l’ambassade du Bénin a assisté à l’audience. La question de l’extradition n’a toutefois pas été examinée à ce stade, malgré l’existence de procédures judiciaires engagées par Cotonou.
À Cotonou, le parquet spécial près la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) a confirmé que Kemi Seba fait l’objet de deux mandats d’arrêt. L’un concerne des faits de blanchiment d’argent, l’autre des accusations d’apologie de crimes, d’incitation à la haine et à la violence. Les autorités béninoises ont officiellement enclenché la procédure en vue de son extradition, après avoir sollicité une arrestation provisoire auprès des autorités sud-africaines. L’activiste est également poursuivi pour son soutien présumé à la tentative de coup d’État avortée de décembre 2025 au Bénin, épisode qui avait brièvement secoué le pays avant un rétablissement rapide de l’ordre constitutionnel. Très suivi sur les réseaux sociaux, Kemi Seba, de son vrai nom Stellio Gilles Robert Capo Chichi, est connu pour ses positions radicalement anti-occidentales et son engagement panafricaniste à travers l’organisation Urgences panafricanistes. Déchu de la nationalité française en 2024, il dispose aujourd’hui d’un passeport diplomatique nigérien. L’affaire sud-africaine s’inscrit dans un contexte de tensions diplomatiques plus larges, alors que plusieurs enquêtes internationales évoquent ses connexions avec divers réseaux politiques et médiatiques.
Source : France 24 / RFI