La journée du drapeau le 9 août, les décorations le 16, la Fête nationale le lendemain et, désormais, la fête de la Libération le 30. A chacune de ces occasions, une débauche de moyens car l’exécutif gabonais a la réputation de ne pas avoir de scrupules face à l’argent du contribuable quand il s’agit de faire la fête. Dans la perspective de l’efficacité de la dépense publique, il ne serait pas vain de marquer un petit moment de réflexion. Pour se demander, par exemple, si la journée du drapeau, instaurée sous Ali Bongo Ondimba, a permis d’atteindre l’objectif visé. Autant que l’on s’en souvienne, cette manifestation devait raviver le sentiment nationaliste ou le patriotisme. Chacun doit y répondre en toute âme et conscience, au regard de l’état dans lequel le Gabon se trouvait le 29 août 2023, c’est-à-dire la veille de la prise du pouvoir par le Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI). En elle-même, la dénomination de ce groupe de militaires est une réponse. Elle est plus explicite lorsque l’on réécoute le premier communiqué du CTRI, dénonçant, entre autres, « une gouvernance irresponsable ». En effet, deux ans seulement après le début de son second mandat acquis à l’issue d’un bain de sang, le chef de l’Etat, affaibli par un invalidant accident vasculaire cérébral, avait abandonné le pays entre les mains d’une escouade de jeunes inexpérimentés, certains à la « gabonité » douteuse, cornaqués par le fils aîné et la première dame, auxquels seul importait l’enrichissement sans cause.
En conséquence, la journée du 9 Août est un gadget. Elle se réduit au défilé des personnalités investies de l’autorité publique qui baisent le drapeau en présence du président de la République à qui elles font allégeance, en attendant le vin d’honneur haut de gamme servi au Palais. Cette cérémonie est redondante pour les membres du gouvernement dans la mesure où ils prêtent déjà serment devant le chef de l’Etat, en lui jurant loyauté. Un serment consigné par la Cour constitutionnelle et qui, comme tout bon serment, donne lieu à des suites judiciaires en cas de violation. Les ministres prennent l’engagement solennel de tenir leur langue même après la cessation des charges. Il n’en faut pas plus pour que certains citoyens crient à une omerta préjudiciable pour le pays. Une semaine après la journée du drapeau vient celle des décorations des personnes dont on estime qu’elles ont rendu de bons et loyaux services à la nation. Arrière le débat sur les critères objectifs. Mais là également, le faste ne manque pas. Tant que c’est le contribuable qui paie.
En plus, la cérémonie de décoration amène des désagréments car pendant un long moment, avant et après, le boulevard Triomphal est fermé à la circulation. Dans une ville où les voies secondaires sont en capilotade, les détours causent des embouteillages monstres. Nul besoin d’en évoquer les conséquences que sont les pertes de temps et d’énergie. Si le coût financier n’est pas facile à évaluer, le coût relatif à la perte de carburant l’est par contre. Le lendemain, c’est la Fête nationale. La célébration de l’accession à la souveraineté internationale justifie-t-elle le faste qui s’accompagne ? Le débat reste ouvert. D’ailleurs, certains esprits critiques ne manquent pas de saisir l’occasion de s’interroger à haute voix sur la réalité de l’indépendance du Gabon, au-delà du minimum syndical.
Puis est venue la fête de la Libération. Après la première édition célébrée à Libreville l’année dernière, les prochaines seront tournantes. L’honneur revient à la province de la Nyanga, la cinquième par ordre alphabétique, d’accueillir l’édition de cette année. Il semble que le choix se justifie par le fait que le président de la République avait promis d’y aller fêter sa victoire à l’élection du 12 avril dernier. Il est vrai que cette province à la réputation frondeuse avait voté massivement en faveur de Brice Clotaire Oligui Nguema, se hissant à la première place avant que le ministre de l’Intérieur ne rectifie les résultats pour la situer en deuxième position. Un doublon de Fête nationale se tenant en province, c’est une logistique très lourde. L’expérience a été vécue lors des fêtes tournantes sous Omar Bongo Ondimba et lors des Conseils des ministres délocalisés sous Ali Bongo Ondimba. Il faut déplacer tout l’exécutif et les membres des institutions constitutionnelle et leur assurer le gîte et le couvert. Les préparatifs et l’organisation de l’événement à proprement parler occasionnent de grosses dépenses. Sans oublier les gratifications pour les personnes qui s’y seront dévouées. Sport national oblige, la surfacturation ne sera pas en reste. Fête de l’Assomption, le 15 Août est un jour férié au Gabon. Quand le 17 Août tombe un mercredi ou un jeudi, les mœurs de la fonction publique locale font que c’est toute la semaine qui est chômée. Impossible de faire la moindre démarche administrative. Tout cela a un coût sur l’économie du pays. Normalement, il y a matière à réflexion.