Un remaniement qui en appellera forcément un autre

En principe, un remaniement du gouvernement traduit une insatisfaction de l’autorité de nomination, en l’occurrence le président de la République, lui-même chef du gouvernement au terme de la nouvelle Constitution ayant instauré un régime présidentiel. De quoi ou de qui le chef de l’État n’est-il pas satisfait ? Des résultats de ses collaborateurs ou de ces derniers ? Attention, tout de même, à cette impression d’instabilité ! Le gouvernement rendu public le 11 octobre 2026 est, en effet, le troisième de la Ve République, âgée de moins de deux ans. Le précédent gouvernement n’a pas vécu un an. Tout juste neuf mois. Un léger mieux car le premier n’avait duré que sept mois. Si l’on ne cherche pas à comprendre réellement, sans faux-fuyants, sans fioritures, sans complaisance, pourquoi un gouvernement a échoué, le remaniement en appellera rapidement un autre. Le changement d’équipe laisse quelque peu songeur, au regard du satisfecit des plus hautes autorités à l’issue de la période des 100 jours, c’est-à-dire trois mois après la formation du gouvernement. La communication (agressive) de l’exécutif avait même organisé une campagne médiatique. Chaque ministre était passé à la télévision nationale exposer sur sa « feuille de route ». Ne restait plus à chacun qu’à la dérouler. Alors, pour parler un langage en accord avec notre temps, « qu’est-ce qui n’a pas marché » six mois plus tard ? Et pourquoi ça n’a pas marché ? Certes, loin d’un séisme, ce n’est pas toute l’équipe nommée le 1er janvier 2026 qui a été remplacée, mais des départs ont été enregistrés dans des départements stratégiques comme l’Éducation nationale, l’Eau et à l’Électricité, les Affaires sociales et l’Industrie. Un jeu de chaises musicales suspect est à noter au ministère de l’Intérieur et à celui de l’Emploi. Le cas du non moins sensible département des Travaux publics donne matière à débat. Bien que l’état du réseau routier à l’échelle nationale laisse toujours à désirer, le ministre sortant a été exfiltré à l’Intérieur et remplacé par un novice. Reste l’équation des ministres qui font du tourisme au gouvernement, ceux à qui l’on change de portefeuille à chaque remaniement. Non pas qu’ils aient brillé de mille feux dans un ministère, qu’ils y aient opéré des réformes marquantes ou qu’ils soient des sortes de justiciers qu’on appellerait à d’autres départements ministériels pour y mettre bon ordre. Manifestement, on ne sait pas trop quoi faire d’eux. Quoique l’autorité de nomination ne soit pas coupable des contre-performances des membres du gouvernement, sa responsabilité s’en trouve engagée.

Elle répond de leur choix, même si elle n’est pas tenue de le justifier, dans la mesure où il relève de son pouvoir discrétionnaire. La responsabilité du chef de l’État est davantage engagée depuis qu’il est également celui du gouvernement, donc coordinateur de l’équipe. Dans l’ancienne Constitution, il avait l’excuse de ne pas se mêler au quotidien de l’action gouvernementale, une tâche dévolue au Premier ministre. Pour que le président de la République n’ait pas à invoquer l’argument de « l’erreur de casting » ressassé jusqu’à la nausée et galvaudé par son prédécesseur, il n’aurait pas tort de commanditer un audit des compétences nationales dans tous les domaines. Il y a effectivement des ressources humaines de qualité au Gabon, des gens qui ont fait leurs preuves dans leur secteur d’activité et qui sont disposés à travailler pour leur pays sans rechercher des gratifications superflues, exorbitantes ou indues. Avec des personnes aux états des services reconnus par leurs pairs, le chef de l’État peut légitimement espérer s’épargner les mécomptes que lui causent certains de ses collaborateurs. Ils ne sont pas toujours enclins à se décarcasser, sachant que l’autorité est consciente qu’ils n’ont pas la réputation d’être des bourreaux du travail. Certes, le chef peut nommer un proche. C’est d’ailleurs bien car c’est quelqu’un qu’il connaît. Mais le deal doit être clair : la nomination repose sur la base des compétences, donc des résultats attendus. A moyen et long termes, une autre solution consiste à se doter d’une administration compétente. Sans forcément connaître sur le bout des doigts le département qui pourrait lui être confié, le ministre serait un manager chargé de piloter des politiques publiques bien ficelées et non pas sur la base des lois de finances manquant de sincérité que dénoncent certains parlementaires dont les avis sont par la suite confirmés par les lois de finances rectificatives et les lois de règlement tirées par les cheveux. Ainsi, il ne sera plus simplement commode de changer un gouvernement qui ne donne pas les fruits escomptés.

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