Nous aurions même pu titrer « Une énième occasion manquée » tant, depuis le renversement du régime dépensier et vorace d’Ali Bongo Ondimba, le 30 août 2023, chaque jour est une opportunité de réduire le train de vie de l’Etat. La dernière grande occasion en date concerne la loi de finances rectificative, annoncée lors du Conseil des ministres du 22 mai 2026, laquelle, horresco referens, comporte même des erreurs de calcul élémentaires, que la commission des Finances de l’Assemblée nationale devrait se faire le devoir de corriger, à moins que le chancelier de l’échiquier revoie la copie à transmettre au Parlement. Au moment où plusieurs chantiers, notamment routiers, avancent à pas de tortue et d’autres sont à l’arrêt, le gouvernement a trouvé le moyen de réduire le budget de l’investissement de près de 1 000 milliards de francs CFA. Nul besoin d’être économiste pour comprendre que des projets seront abandonnés. Un choix qui va favoriser la persistance (peut-être même l’aggravation) du chômage et, donc, de la précarité, alors que l’exécutif tenait là la possibilité d’opérer des coupes claires dans les dépenses de fonctionnement d’un Etat qui a depuis longtemps acquis la réputation des tonneaux de Danaïdes. L’on peine à comprendre la réticence à aller au bout de la logique de la gestion parcimonieuse et rationnelle des finances publiques, dans la mesure où le président de la République, lui-même, a montré l’exemple au moins à deux reprises remarquables. Au début de la transition, en septembre 2023, Brice Clotaire Oligui Nguema avait renoncé aux avantages financiers liés à la fonction de chef de l’Etat, dont 42 milliards de fonds de souveraineté (les fonds politiques). Lors de la confection de la loi de finances initiale 2026, il a demandé une réduction significative des fonds de souveraineté, qui, à la surprise générale, avaient fait un grand bond, pour se chiffrer à 156 milliards de francs CFA.
L’on ne s’explique pas le silence de la communication présidentielle sur ces marques d’exemplarité, préférant verser dans la confusion entre le commentaire de l’actualité et la communication institutionnelle. D’Alain Claude Bilie By Nze, à l’ère des « émergents », à Jessy Ella Ekogha, sous le magistère de la « Yougteam », l’exercice du commentaire des activités du chef de l’Etat a perdu son charme. Il ne serait pas faux d’affirmer que les Gabonais en sont gavés à saturation. Manifestement, la communication présidentielle a besoin d’être réformée de fond en comble. Les signes d’essoufflement sont évidents et inquiétants, pour une institution où la sclérose est inenvisageable. La question de la réduction du train de vie de l’Etat ne pouvant pas être reportée ad vitam aeternam, l’exécutif a fait un petit pas en avant l’année dernière, entre autres en diminuant le nombre des collaborateurs des ministres et en réglementant l’accès des hautes autorités dans les classes des avions de ligne. Des mesurettes, en somme, quand on sait que les postes des dépenses faramineuses sont ailleurs, notamment dans les grasses prébendes des dirigeants, l’inflation des institutions, l’hypertrophie de la haute administration et l’abondant et luxueux parc automobile. Tout de même gêné aux entournures par le décalage manifeste entre l’opulence des gouvernants et la mouise des gouvernés, l’exécutif tente des solutions comme la Centrale d’achat, afin de réduire le coût, en augmentation permanente, des produits de consommation courante. Sauf que, manquant de moyens ou d’imagination, ou des deux, la structure s’est lancée dans la fausse bonne idée des marchés tournants dans Le Grand Libreville. L’initiative a récemment donné lieu à un éditorial de recadrage dans nos colonnes. Le gouvernement aurait tort de traîner les pieds quant à imaginer une répartition équitable des richesses nationales. La récente crise dans le secteur de l’éducation a achevé de convaincre que les gouvernés ne sauraient faire montre de patience éternellement. Il s’en est fallu de peu que tout le service public s’embrase. En réalité, le feu couve sous la cendre. Fort de la légitimité populaire acquise à l’élection présidentielle et des marques d’exemplarité à son actif en matière de renoncement, le chef de l’Etat peut casser des situations de rente indécentes. Il n’échappe pas à Brice Clotaire Oligui Nguema que, qu’il soit candidat ou pas à un second mandat, il sera le seul à répondre de son magistère. Il n’est pas bon de laisser prospérer la conviction de l’existence d’un système d’injustices savamment entretenu ou qui évolue à l’insu des plus hautes autorités. Il n’est pas encore trop tard pour corriger la perception des choses.