Affaire TBNI : Incarcération de deux hommes d’affaires gabonais

De nombreuses zones d’ombre autour

Huit milliards de francs CFA de bois contestés, des recours devant les tribunaux, des accusations visant un haut responsable de la Task Force, puis une incarcération qui intrigue. L’affaire TBNI est progressivement devenue bien plus qu’un simple différend commercial : elle pose la question du respect des procédures et de la protection des investisseurs nationaux.

Près d’un mois après leur interpellation par la Direction générale de l’Immigration, les hommes d’affaires gabonais Firmin Obame Nguema et Armand Da Graça, gérants légaux de la société TBNI, demeurent placés sous mandat de dépôt à la prison centrale de Libreville sur instruction du procureur de la République. Leur arrestation intervient dans un contexte particulièrement tendu autour de la gestion des actifs de leur entreprise. Selon des informations publiées par L’Union dans son édition du 24 mai 2026, un stock de bois divers appartenant à TBNI, estimé à près de 8 milliards de francs CFA, ferait actuellement l’objet d’opérations de vente contestées par les dirigeants de la société, alors qu’aucune décision de justice définitive n’aurait autorisé une telle procédure. Selon les déclarations faites avant leur arrestation par les deux entrepreneurs, le contentieux trouve son origine dans plusieurs recours engagés devant les juridictions compétentes. Deux mois avant leur incarcération, ils avaient notamment saisi le tribunal administratif afin d’obtenir l’annulation de décisions qu’ils jugeaient irrégulières, prises par la Task Force et le ministère des Eaux et Forêts. Ils contestaient également la réattribution de certains permis forestiers à des entreprises chinoises qui intervenaient jusque-là comme sous-traitantes de TBNI. Dans le même temps, les intéressés avaient publiquement remis en cause le rôle joué par un éminent membre de la Taskforce dans plusieurs procédures engagées contre leur société. Selon eux, ces actions auraient été menées en dehors du cadre légal fixé par le décret n° 0433/PR/MEP du 25 novembre 2024. Cette contestation, considéré comme crime de lèse- majesté aurait fortement dégradé leurs relations avec les responsables visés.

Bis répétita

Les dirigeants de TBNI affirment par ailleurs qu’un précédent épisode similaire s’était déjà produit en juin 2025. À cette époque, ils avaient été privés de liberté de manière illicite pendant vingt-et-un jours Durant cette période, un important stock de bois, alors estimé à près de 16 milliards de francs CFA, aurait été retiré des entrepôts de la société situés à Owendo. À leur libération, les deux hommes d’affaires avaient déposé une plainte pour vol auprès du procureur de la République. Le dossier avait alors été confié aux services d’enquête compétents et plusieurs interpellations auraient été effectuées dans le cadre des investigations. Toutefois, selon leurs déclarations, l’enquête aurait été interrompue à la veille de leur récente arrestation à la suite d’instructions attribuées à la TaskeForce, ordonnant la suspension des procédures en cours, la libération des des personnes interpellées et la clôture du dossier. Pour les dirigeants de TBNI, cette affaire s’inscrirait dans un conflit aux enjeux financiers considérables. Ils désignent cet éminent membre de la Taskforce comme le principal protagoniste de ce dossier et l’accusent d’être à l’origine des poursuites illicites engagées contre eux. Selon leurs affirmations, ce dernier aurait déclaré agir “sur de très hautes instructions du Palais” et aurait tenu les propos suivants : “J’agis sous les instructions du Président. J’ai le pouvoir et j’ai les moyens de vous mettre en prison”. Les motifs invoqués à l’appui des poursuites auraient d’ailleurs évolué au fil de la procédure. Dans un premier temps, Firmin Obame Nguema et Armand Da Graça auraient été mis en cause pour la vente présumée de rebuts ferreux appartenant à leur société en novembre 2025. Quelques heures seulement après leur présentation devant le juge, les griefs retenus auraient été réorientés vers une procédure pour diffamation visant…la Task Force. Cette dernière ferait notamment suite à des déclarations de l’activiste Wilfried Okoumba, résidant en France, qui aurait publiquement qualifié le ténor de cette antité de “colon mafieux”. Sauf que ces propos n’ont été tenus ni par Firmin Obame, et encore moins par Da Graça. Elle interviendrait également après la publication, sur les réseaux sociaux, d’une lettre ouverte signée par Armand Da Graça. Dans ce document, celui-ci alertait les plus hautes autorités de L’État sur ce qu’il considérait comme des abus de pouvoir, des violations de procédure et des pratiques de nature à décourager l’investissement privé national par la Taskeforce.

Des questions et des doutes

Cette situation alimente aujourd’hui de nombreuses interrogations au sein de l’opinion publique. Plusieurs observateurs peinent à croire que le Palais puisse être directement impliqué dans les faits dénoncés comme le prétend cet éminent membre. Ils rappellent régulièrement les prises de position du chef de l’État en faveur de l’État de droit, de la justice équitable et d’une plus grande implication des entrepreneurs gabonais dans le développement économique du pays. Dès lors, plusieurs questions demeurent sans réponse. Le Palais dispose-t-il de l’ensemble des véritables informations relatives à ce dossier ? Les actes entrepris l’ont ils réellement été en son nom et avec son aval ? Pourquoi une enquête indépendante ne serait-elle pas diligentée afin d’établir les faits avec impartialité et de déterminer les responsabilités éventuelles de chaque partie ? Enfin, pourquoi maintenir en détention deux opérateurs économiques dont la représentativité ne souffre d’aucune contestation alors que de nombreuses zones d’ombre subsistent encore autour de cette affaire et que plusieurs aspects du dossier continuent de susciter des interrogations ? Autant de questions qui, selon plusieurs observateurs, mériteraient des réponses claires afin de préserver la confiance dans les institutions, de garantir la transparence des procédures et de conforter les principes de l’État de droit.

Dernières infos

La rédaction vous recommande

Partagez cet article

Interagissez avec nous

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut