« Réaction d’un Gabonais Lambda »

Franchement, le Président Oligui Nguema va finir par nous tuer ! Pas politiquement. Pas littéralement. Mais par sa capacité à sortir, à chaque grande cérémonie, le petit détail qui fait basculer un événement réussi dans une autre dimension. Depuis l’époque où il commandait la Garde républicaine jusqu’à aujourd’hui, il y a une constante : l’homme aime le travail bien fait, les symboles forts et les séquences qui racontent quelque chose. Et lorsqu’il s’implique personnellement dans une cérémonie, cela se voit. Parce qu’il ne semble pas concevoir un événement comme une simple succession de discours, de défilés et de poignées de main. Il pense scénario. Il pense rythme. Il pense symbole. Il pense au dernier tableau. Et surtout, il sait manifestement où mettre la cerise sur le gâteau.

9 août : le drapeau prend une autre dimension

Commençons par la Journée nationale du drapeau, le 9 août. Une célébration déjà symbolique, mais qui a connu cette année une innovation particulièrement intéressante : l’implication des chefs de quartier, au plus près des populations. Puis est arrivée cette belle séquence culturelle en clôture, avec les mélodies interprétées par les fanfares de nos Forces de défense et de sécurité. Et là, on comprend quelque chose. Le drapeau n’est plus seulement une cérémonie officielle organisée dans les salons de la République. Il devient un moment de rassemblement populaire. Institution, quartiers, forces de défense, culture et population : tout le monde dans le même tableau. Ce n’est peut-être qu’un détail pour certains. Mais c’est justement dans les détails que se reconnaît une mise en scène pensée.

17 août : la république sort le grand jeu

Puis arrive le 17 août. Et là encore, le Président semble avoir voulu raconter quelque chose au-delà du traditionnel défilé. Plusieurs chefs d’État présents au Gabon : la diplomatie gabonaise est mise en scène et assumée. Puis l’inauguration de la Concorde, symbole fort. Ensuite, une longue parade militaire, impressionnante, structurée, solennelle. Et alors qu’on pense avoir vu le meilleur…

Bam !

La Stutz de collection fait son apparition. Avouez-le : qui n’a pas kiffé ? Cette voiture n’était évidemment pas indispensable au fonctionnement de la République. Mais elle était parfaite pour le récit. Une pièce historique, une image, une séquence mémorable. C’est précisément ce genre de détail qui transforme une cérémonie officielle en moment de mémoire collective.

30 août : et voilà qu’il remet ça !

Et aujourd’hui, pour la Fête de la Libération, nouvelle surprise. Le retour des enfants majorettes. Puis ce carnaval. Cette explosion de couleurs, de musique, de culture et de joie populaire. Et encore une fois, on se retrouve à se demander : « Mais il va chercher ses idées où ? » 9 août. 17 août. 30 août. Trois rendez-vous. Trois ambiances. Trois histoires différentes. Mais une même logique : ne jamais laisser la cérémonie retomber. Et c’est là que l’on mesure la différence entre organiser une cérémonie et concevoir un événement.

Commander, c’est prévoir

Ce qui impressionne surtout, c’est cette attention portée aux séquences. Qui passe ? À quel moment ? Dans quel ordre ? Quelle image doit rester ? Quelle séquence doit précéder une autre ? Quel élément doit arriver à la fin ? Il se raconte même que, la veille au soir, vers minuit, le Président a encore échangé avec Charly Tchatche afin de chronométrer les séquences et d’inverser le passage des majorettes et celui de la parade culturelle. Si cette anecdote est exacte, elle dit énormément du personnage. Parce qu’à minuit, alors que beaucoup auraient déjà rangé leurs dossiers, lui pensait encore au rythme de la cérémonie du lendemain. C’est une manière de travailler. Commander, c’est prévoir. Et prévoir, c’est parfois savoir que les cinq dernières minutes peuvent être aussi importantes que les deux premières heures.

 Et si le « coup » du 30 août était prévu depuis longtemps ?

On peut même se poser une question. Et si cette Fête de la Libération, avec ses symboles, ses majorettes, sa parade culturelle et son carnaval, n’était pas simplement une succession d’idées improvisées ? Et si, derrière cette apparente spontanéité, il y avait depuis longtemps une vision ? Car depuis le 30 août 2023, le Président parle d’un nouveau Gabon. Aujourd’hui, les symboles commencent à prendre forme. Il y a évidemment les chantiers, les infrastructures, les réformes et les investissements. Mais il y a aussi quelque chose de plus difficile à mesurer : la capacité à redonner aux populations le sentiment que leur pays peut encore les surprendre. Et ça, ce n’est pas rien.

Makokou : quand une cérémonie devient un message à toute une province

Et puis il y a eu Makokou. Là encore, qui aurait imaginé une entrée du Chef de l’État avec des honneurs militaires organisés sur un pont, dans cette ville ? Mais surtout, qui a pris le temps de comprendre le symbole ? Ce pont renvoie à une histoire douloureuse vécue par les populations de l’Ogooué-Ivindo. En 2023, des femmes s’étaient mobilisées pour dénoncer leurs conditions de vie, la précarité, les difficultés liées notamment aux dégâts causés par les éléphants, mais aussi ce sentiment profond d’abandon de la province par les politiques d’hier. Ces femmes réclamaient simplement d’être entendues. Aujourd’hui, le même territoire accueille le Président dans une mise en scène militaire qui peut être lue comme un message : nous ne voulons plus reproduire cette histoire. Le pont qui avait été associé à la colère devient le théâtre d’une cérémonie républicaine. Le lieu du mécontentement devient le lieu de la considération. C’est une manière de dire :« Nous avons entendu. Nous avons vu. Maintenant, avançons. » Et c’est probablement l’un des symboles les plus puissants de cette visite à Makokou.

« Plus jamais ça »

Il ne s’agit pas de prétendre que tous les problèmes de l’Ogooué-Ivindo ont disparu. Ce serait mentir. Une province ne se transforme pas en quelques mois. Mais il y a une différence entre une population qui a le sentiment d’être abandonnée et une population à laquelle on donne des raisons de croire à nouveau. C’est là que réside peut-être l’une des forces de cette séquence. Donner de l’amour. Donner de l’espoir. Donner envie d’y croire. Même lorsque la réalité impose encore des difficultés. Parce que parfois, avant de construire un pays, il faut d’abord reconstruire la confiance de ceux qui y vivent. Et le rêve, lui, n’est pas interdit.

Oligui Nguema, l’homme des symboles ?

On peut être critique du pouvoir. On peut discuter ses choix. On peut demander des comptes. C’est même indispensable dans une République. Mais lorsqu’une chose fonctionne, il faut aussi savoir le reconnaître. Et sur le terrain des grandes cérémonies nationales, force est de constater que Brice Clotaire Oligui Nguema possède un véritable sens de la séquence et du symbole. Depuis son passage à la tête de la Garde républicaine jusqu’à ses fonctions actuelles, il semble avoir conservé cette culture du détail, de la préparation et de la discipline. Il ne suffit pas d’avoir les moyens d’organiser une cérémonie. Il faut savoir ce que l’on veut faire ressentir.

Le 9 août : l’identité nationale.

Le 17 août : la République, l’histoire, l’armée et la diplomatie. Le 30 août : la Libération, la jeunesse, la culture et la mémoire. Et à Makokou : la réconciliation d’un territoire avec son histoire récente. Voilà pourquoi ces cérémonies produisent autant d’images fortes. Elles ne montrent pas seulement. Elles racontent. Et lorsqu’un Président comprend que la politique est aussi une affaire de symboles, de mémoire et d’émotion collective, il peut transformer une cérémonie en véritable outil de cohésion nationale. Alors oui…

Monsieur le Président, vous allez vraiment nous tuer ! Parce qu’à chaque fois qu’on pense avoir vu la petite touche finale, vous en sortez une autre. La Stutz le 17 août. Les majorettes et le carnaval le 30 août. Les honneurs militaires sur le pont à Makokou. Et derrière tout cela, une même ambition : faire comprendre aux Gabonais qu’ils peuvent regarder leur pays autrement. Mais attention : les belles cérémonies ne suffisent pas à construire un pays. Elles doivent accompagner les routes, les écoles, les hôpitaux, l’emploi, l’eau, l’électricité, l’économie et la justice sociale. Le spectacle peut ouvrir une porte. Seuls les résultats peuvent la maintenir ouverte. Et c’est précisément là que se jouera la véritable réussite du nouveau Gabon. Alors, avançons ensemble. Laissons derrière nous les pages sombres. Laissons derrière nous le sentiment d’abandon. Et construisons enfin, avec nos mains, nos compétences et notre unité, le Gabon nouveau dont rêvaient déjà nos ancêtres. Plus jamais l’abandon. Plus jamais la résignation. Place à l’unité. Place à l’espérance. Place au Gabon.

Par Un Gabonais Lambda

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