Les migrants gabonais et la bourse d’Etat  

Eux, ils ne prennent pas le risque de braver la mer en pirogues ou en bateaux de fortune. Ce ne sont donc pas de boat people. Au contraire, ils voyagent dans le confort d’un avion, pas un low cost, avec les soins dont hôtesses et stewards savent entour les passagers. A l’aéroport de débarquement, ils excipent d’un visa dûment obtenu. Conclusion, les migrants gabonais sont d’un autre genre, d’un genre d’autant plus respectable qu’ils trouvent un emploi correctement rémunéré dans le pays d’accueil, à la fin de leurs études fiancées par le contribuable gabonais. C’est ce qui cause le courroux que le président Brice Clotaire Oligui Nguema ne s’est pas retenu d’exprimer devant ses compatriotes vivant aux Etats-Unis, allant jusqu’à envisager de supprimer la bourse pour des études en France, au Canada et aux Etats- Unis. Non sans susciter une vague de réactions, pour ne pas dire une levée de boucliers. Quand la tempête se sera calmée, il faudra saisir l’occasion de s’asseoir pour repenser, sans passion ni faux-fuyants, la politique d’attribution de la bourse d’études. Tous les arguments se valent. Même si, par maladresse, il a fait un aveu d’impuissance, le chef de l’Etat a raison de s’émouvoir d’une forme d’ingratitude des boursiers qui ne rentrent pas servir le pays après leur formation. D’autant plus que, condition nécessaire pour se voir attribuer l’allocation d’études, ils avaient signé un engagement. Dans le temps, le candidat à la bourse au supérieur s’engageait à se mettre au servir du pays pour une durée de dix ans, avant de recouvrer la liberté de mouvement. Par la suite, la durée a été ramenée à cinq ans.

Réaction des jeunes Gabonais, fortement soutenus par leurs parents et des personnalités de premier plan : rentrer au bercail pour grossir les rangs des chômeurs et mourir à petit feu ? En effet, les données de certaines institutions internationales, la Banque mondiale notamment, renseignent que 35 % de la jeunesse subit les affres du chômage. N’ayant pas de solutions consistantes à proposer, les gouvernements successifs préféraient laisser les boursiers vaquer à leurs occupations en France, au Canada et aux Etats-Unis. Plutôt que de contraindre de potentiels contestataires à revenir dans un pays inflammable. Donc à quelque chose malheur était bon. Sauf que, même s’il ne l’a pas avoué, l’état des finances publiques ne permet plus au Gabon de dépenser en pure perte. Le président a préféré mettre en avant l’argument de la cherté des études dans les trois pays cités plus haut. Argument du reste battu en brèche par les étudiants, en comparant le coût réel de la formation aux dépenses liées au train de vie de l’Etat. Les juristes s’en sont mêlés, pour faire remarquer à Oligui Nguema que sa décision de couper la bourse était contraire à la loi en vigueur et, donc, à sa volonté d’instaurer un Etat de droit.

Des voix médianes en appellent alors à une réforme bien pensée du texte sur l’attribution de la bourse pour des études hors du territoire national. Il est, en effet, apparu que certains boursiers vont suivre des formations pourtant proposées au Gabon. Des économies sont donc possibles à ce niveau. A condition, rétorquent étudiants et parents, que soit réhabilité le système éducatif, en lambeaux depuis des décennies, les différents gouvernements ayant brillé par une incurie qualifiée de « génocide intellectuel ». Bien plus, que l’emploi relève de l’égalité des chances, comme dans les pays où les migrants gabonais ont choisi de s’établir. Il faut bien reconnaître que toutes les formes de favoritisme (népotisme, clientélisme, droit de cuissage, corruption, concussion, etc.) entourent l’embauche sous le ciel gabonais actuellement. Le cafouillage qui a régné lors des concours administratifs et des recrutements dans les corps habillés ces deux dernières années en fait foi. Il s’en était fallu de peu que le Conseil d’Etat fût saisi. Quant à lui, le gouvernement l’a été, mais il n’a donné aucune réponse satisfaisante aux candidats qui, preuves à l’appui, ont dénoncé les irrégularités. Des spécialistes de la prospective proposent que l’envoi d’étudiants à l’étranger vise désormais le transfert de technologies. Ici, quête de l’excellence oblige, la sélection devrait être rigoureuse, excluant le favoritisme qui suinte régulièrement de l’Agence nationale des bourses du Gabon, où éclatent en permanence des scandales. En prévision du retour des têtes bien pleines et bien faites, de grandes écoles doivent être construites. Tout le mérite de la sortie du président de la République est d’avoir provoqué l’occasion, à ne surtout pas rater, de remettre sur la table un sujet qui engage la première richesse du pays : les ressources humaines.

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