Cent jours après son investiture du 3 mai 2025, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a achevé une séquence politique décisive : celle de la sortie de transition et de l’entrée dans un mandat de sept ans placés sous le sceau de la “refondation”. Cent jours, c’est à la fois peu pour bouleverser l’ordre hérité et beaucoup pour donner le ton. Le chef de l’État l’a compris en multipliant les conseils des ministres, les symboles, les nominations et les annonces. Mais au terme de cet élan inaugural, un constat s’impose : l’intention réformatrice bute encore sur les pesanteurs du système, sur l’héritage des pratiques et sur l’épaisseur du réel. À la lecture des cent décisions, mesures ou situations observées, deux dynamiques apparaissent. D’un côté, une volonté manifeste de donner un nouveau souffle à la gouvernance, avec des initiatives dans l’éducation, la diplomatie, les infrastructures, l’agriculture ou encore la lutte contre la corruption. De l’autre, une série de signaux faibles parfois contradictoires qui interrogent la cohérence d’ensemble : favoritisme dans les nominations, gestion brouillonne de la communication gouvernementale, blocages dans l’accès aux services essentiels (eau, transport, logement), incertitude doctrinale de la majorité présidentielle, sans parler du sentiment de continuité incarné par la reconduction de visages du passé.
L’exercice du pouvoir montre aussi ses angles morts. Certains ministères peinent à donner un cap. La relance du sport ou de la culture s’enlise faute de volonté réelle. La participation du Gabon à des rendez-vous internationaux, comme l’Exposition universelle d’Osaka, reste sans effet structurant. Pis, la crise de crédibilité du baccalauréat 2025 fragilise la confiance dans l’école républicaine. Partout, les populations attendent des actes lisibles, mesurables, tangibles. Et ce, non pas au nom d’un discours de rupture, mais d’un pacte de vérité. Oligui Nguema, dans ses premiers mois, a donné l’image d’un président actif, parfois à l’écoute, souvent ferme. Mais cette posture ne suffira pas si elle n’est pas accompagnée d’une réelle capacité à construire une administration crédible, à restaurer la confiance dans l’action publique, à sortir de la simple mise en scène du pouvoir. Les 100 jours passés ont balisé le terrain. Ceux qui viennent devront le labourer.