Depuis son arrivée au pouvoir après le coup d’État du 30 août 2023, Brice Clotaire Oligui Nguéma avait jusqu’ici adopté un ton mesuré lorsqu’il évoquait Ali Bongo Ondimba, son prédécesseur. Ce dimanche, devant la presse internationale, le président gabonais a rompu avec cette prudence, livrant des accusations inédites.
Oligui Nguéma a dénoncé « une dette abyssale » laissée par l’ancien régime, qu’il attribue à une gestion « opaque et irresponsable » de la famille Bongo. Ali Bongo, son épouse Sylvia et leur fils Noureddin se trouvent désormais à Londres, échappant à la justice gabonaise. Le président a rappelé que de nombreux anciens dignitaires refusent encore de répondre aux convocations judiciaires et a appelé, en présence du président Emmanuel Macron, à un appui plus ferme de la France. Son objectif : garantir l’exécution des décisions de Libreville à l’étranger et assurer le retour au Trésor public des sommes détournées.
Ces propos surviennent quelques semaines après la condamnation de Sylvia Bongo Ondimba et de son fils Noureddin Bongo Valentin à vingt ans de prison pour détournement de fonds publics. Le jugement prévoit une amende de 100 millions de francs CFA, ainsi que des remboursements faramineux : 1 201 milliards de francs CFA pour Noureddin et 1 000 milliards supplémentaires à verser solidairement pour préjudice moral envers l’État.
Toute la question est dans la méthode et la proportion. Et quand bien même les deux États sont liés par l’entraide judiciaire, le dossier nécessitera un examen minutieux par l’Hexagone. En attendant une réponse officielle, cette intervention marque un tournant historique dans la vie politique gabonaise, mettant pour la première fois en lumière la responsabilité directe de la famille Bongo dans la situation économique du pays.