Les choix définitifs que le Gabon fera, en réaction à l’élévation des standards pour les étudiants étrangers en France, permettront de voir si la dégringolade continue ou si le pays a choisi de relever la tête et de retrouver son panache. Autrefois, l’étudiant gabonais était envié par ses condisciples africains non seulement dans l’Hexagone, mais presque partout à travers le monde. Ces deux dernières décennies, il n’est pas loin de faire figure de clochard. Face à ses jeunes compatriotes à la mi-juillet à Paris, le président de la République a eu raison de dire qu’il est temps de repenser les critères d’attribution de la bourse pour des études en France. Un an plus tôt, il avait tenu le même langage aux étudiants gabonais aux Etats-Unis, en faisant même une projection sur ceux qui sont au Canada. Du côté de l’Agence nationale des bourses du Gabon (ANBG), le règlement de la question de nos étudiants en France semble privilégier les préoccupations financières au détriment des aspects diplomatiques. Outre le redéploiement des apprenants dans des pays de l’Afrique de l’Ouest, il y serait envisagé le rapatriement de certains d’entre eux. Quelle que soit l’option, la seconde étant évidemment la pire, elle apparaîtrait comme une confirmation de la descente aux enfers du Gabon. En effet, ces derniers temps, les retards de paiement de la bourse aux étudiants, parfois sur plusieurs mois, et des frais de scolarité dans les universités et grandes écoles ont sérieusement écorné l’image d’un pays que les données macro-économiques situent dans la catégorie des riches. Dans certains cas, il a fallu que les unités de formation brandissent des menaces en tous genres pour que l’ANBG fasse diligence. Le Gabon manque-t-il d’argent à ce point ? Ou bien les priorités sont ailleurs que dans la formation de ses futurs cadres ? Selon les calculs des financiers, il faudra une rallonge d’une dizaine de milliards de francs CFA afin de supporter l’augmentation des dépenses que vont occasionner les nouvelles mesures qui frappent les étudiants en France. Autant dire une bagatelle pour un pays où le train de vie des gouvernants fait saigner les finances publiques. Si le rapatriement de certains étudiants est une hypothèse qui refuse de prendre en compte des aspects psychologiques, le déroutement d’autres dans des pays africains est un aveu de l’incapacité du Gabon à se doter d’un enseignement supérieur performant, alors qu’il est parfois mieux nanti. L’on apprend que le Ghana a été retenu, notamment pour la formation en anglais. Espérons que le dossier sera bien ficelé cette fois.
Ce pays a une mauvaise expérience des étudiants boursiers gabonais. Du temps où Ali Bongo Ondimba s’était piqué de faire de l’anglais la seconde langue officielle du Gabon, il y avait dépêché des enseignants du primaire s’approprier la langue de Shakespeare, afin de l’implémenter dans l’enseignement du premier degré. Sauf que l’Etat ne montrait aucun empressement à honorer ses engagements financiers envers les unités de formation et les établissements d’hébergement. Des stagiaires durent eux-mêmes prendre en charge les frais liés à la formation et au séjour. A leur retour au bercail, parchemin en poche, la désillusion les attendait : chacun devait tout simplement renouer avec sa situation. Leurs efforts multiformes passaient ainsi par pertes et profits. Du projet initial, il n’y eut que la très politique adhésion du Gabon au Commonwealth. En recevant, il y a deux mois, une distinction honorifique du Cames (Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur), le président Brice Clotaire Oligui Nguema n’avait pas manqué de reconnaître qu’elle l’engageait à travailler à un enseignement supérieur de qualité dans son pays. La situation des étudiants en France vient rappeler l’acuité du problème. Des colloques en vue de repenser l’université gabonaise se sont déjà tenus. Ce ne sont donc pas les pistes de solution qui font défaut. S’il n’est pas mauvais que de jeunes compatriotes aillent se former hors du territoire national, ce qui leur permet de se frotter à d’autres peuples et de connaître d’autres civilisations, en cette ère de mondialisation, force est d’admettre qu’un bon nombre d’étudiants sont inscrits dans des filières existant également dans les universités et grandes écoles gabonaises. Il y a aussi de bons enseignants gabonais. La preuve, ils sont invités à partager leur science dans des universités à l’extérieur ou à figurer dans des jurys de thèse. D’autres sont membres de sociétés savantes internationales. Alors, où est-ce que ça coince ? Ceux qui sont mus par des préoccupations économiques et financières reconnaîtront que les étudiants font aussi tourner une économie.