Le 27 septembre 2025, nombre de candidats aux législatives sous la bannière de l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB), le parti du nouveau président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, brillaient par des manœuvresfrauduleuses qui n’étaient pas sans rappeler les régimes antidémocratiques des Bongo, père et fils. Ils jetaient ainsi de sérieux doutes sur la volonté du chef de l’État de réformer le pays et sur sa capacité à réaliser le renouveau promis, cinq mois seulement après son élection triomphale et quatre mois après son investiture, marquant par la même occasion le début de la Ve République, à l’issue d’une transition de presque deux ans pourtant prometteuse. Les premières réserves se sont exprimées lors de la création de l’UDB, début juillet. Attendue comme une illustration de la nouvelle vision, avec des hommes et des femmes immaculés, la formation politique s’est plutôt révélée comme une usine de recyclage de personnalités à la réputation sulfureuse issues du Parti démocratique gabonais (PDG), qui venait de passer un peu plus d’un demi-siècle au pouvoir, après une parenthèse de deux décennies de monopartisme. Le chaos lors du scrutin pouvait dès lors être prévisible. Dans certaines circonscriptions, le parti présidentiel n’avait pas trouvé mieux que de composer des tickets avec l’ancien parti au pouvoir. Ce qui a plutôt surpris, c’est la facilité avec laquelle les nouvelles figures de la classe politique au sein de l’UDB se sont approprié les méthodes de la fraude électorale. Avec ellesles pourfendeurs du régime déchu.
En amont, le gonflement du corps électoral dans des circonscriptions par l’inscription de personnes sans attaches avec l’espace géographique, à rebours de la loi électorale qui prévoit des liens de famille régulièrement entretenus ou des intérêts économiques, bien qu’un citoyen soit « chez lui »partout sur le territoire national. En conséquence de « la transhumance électorale » expressément proscrite par la loi, les candidats de l’UDB ont procédé au transport massif des électeurs, appelés par dérision « les bœufs votants ».
En aval, l’achat de conscience des électeurs locaux, des membres des commissions électorales et des scrutateurs. Bien qu’ayant prêté le serment de l’impartialité devant la Cour constitutionnelle, les membres des commissions électorales n’eurent aucun scrupule à commettre le parjure de délivrer des procurations illégales, pour permettre, avec la complicité des scrutateurs, le vote des électeurs absents. D’où plusieurs élus UDB sont désignés sous le vocable peu glorieux de « député-procuration ».
Le coup de main des scrutateurs se manifestait également par l’orientation du vote des personnes âgées ou malvoyantes et la négligence en ce qui concerne l’application des règles relatives au dépouillement.
De l’avis d’observateurs de la scène politique gabonaise, les premières élections de la Ve République ont été plus catastrophiques que celles qui ont justifié « le Coup de la libération », opéré le 30 août 2023 et ayant emporté Ali Bongo Ondimba, au pouvoir depuis deux septennats. Si elles ont permis l’existence d’un Parlement où le parti présidentiel domine très largement, elles ont surtout fait voler en éclats les illusions sur le renouveau démocratique.
Peut-être, il faut le craindre, les premières élections de la Ve République ont-elles brisé la confiance entre les nouvelles autorités et les citoyens. La radicalité des enseignants du primaire et du secondaire lors de leur grève en fin d’année dernière et en début d’année pourrait y trouver une explication et représenter un signe avant-coureur d’un front social intransigeant, si les gouvernants n’envisagent pas des mesures susceptibles de l’assouplir.
Il n’y a donc pas de quoi pavoiser pour l’UDB, qui semble guettée par des luttes de clans caractéristiques des transfuges du PDG dont elle fourmille. Il fut un temps question du premier congrès ordinaire, destiné à redistribuer les cartes au sein de l’appareil. Jugé plus technocrate que politique, l’actuel secrétaire général, peu enclin à la gesticulation des flagorneurs, devait céder la place à un ancien haut cadre du PDG. Hypothèse vraie ou fausse, le congrès a été reporté. Pour l’heure, on assiste à des réglages par petites touche ,notamment au segment de la trésorerie, l’ancien trésorier général ayant été « promu » ambassadeur du Gabon si loin en Inde. Toujours est-il que le séjour des élus UDB à l’Assemblée nationale risque de ne pas être un long fleuve tranquille. Leurcollègue Jean-Gaspard Ntoutoume Ayi les soumet à un test de patriotisme et même de justice sociale aux allures de suicide.Spécialiste des finances publiques, le député du 2e arrondissement d’Akanda porte depuis peu l’idée de la révision du régime de retraite des parlementaires. Il serait étonnant qu’il n’emporte pas l’adhésion des Gabonais. En effet, le droit pour les députés et les sénateurs de bénéficier d’une pension faramineuse au bout de seulement trente-six mois, soit trois ans, de présence continue au Parlement pose désormais problème, dans le contexte actuel de gestion rationnelle des finances publiques. Mais aussi quand on sait que d’autres serviteurs de l’État doivent cotiser pendant beaucoup plus de temps pour prétendre à une retraite assimilable à la portion congrue. Les députés UDB ont là l’occasion de convaincre les Gabonais qu’ils sont les représentants du peuple ou qu’ils pensent d’abord à leurs intérêts.