Il n’est pas la finance africaine, il en est la faillite morale. Mépris. Cynisme… Mais le vent tourne.
Pendant des années, Henri-Claude Oyima a cultivé un mythe : celui d’un visionnaire, capitaine de la banque africaine moderne, stratège de l’intégration financière régionale. Ce récit flatteur, savamment entretenu par des médias complaisants et dans les salons feutrés, s’effondre sous nos yeux comme un château de cartes. Et ce n’est pas la faute d’ennemis imaginaires, mais bien le résultat direct d’un système de prédation, de mensonge et de pouvoir personnel hypertrophié. Derrière les apparences, c’est le portrait d’un prédateur froid, brutal et cynique qui émerge. La vérité ? BGFIBank est devenue, sous Henri-Claude Oyima, un repaire clanique, une entreprise familiale villageoise déguisée en institution financière, où règnent l’impunité, l’arbitraire et le mépris des règles les plus élémentaires de bonne gouvernance. Et lorsqu’un homme, Christian Kerangall, a osé lever un coin du voile, le PDG autocrate s’est empressé de dégainer l’arme habituelle : le discrédit. « Gesticulateur », « hostile au changement », a-t-il lâché chez nos confrères d’ECOMATIN. Une rhétorique d’un autre temps, usée jusqu’à la corde, qu’on réserve à ceux qui refusent de se taire. Un classique de la stratégie défensive : caricaturer pour mieux évacuer. Mais les faits sont têtus. Ce que Christian Kerangall met en lumière depuis plusieurs mois n’est ni une posture politique ni une crise d’ego : c’est un système à la dérive, dont les violations des principes élémentaires de bonne gouvernance et les condamnations judiciaires successives de BGFIBank sont aujourd’hui les preuves les plus éclatantes.
Une gouvernance clanique, arrogante et dépassée
BGFIBank n’est plus, depuis longtemps, une institution dirigée avec rigueur et modernité. C’est un outil de pouvoir, verrouillé par un cercle restreint, où les décisions se prennent au Comité familial (COFA), en fonction des loyautés personnelles, des intérêts particuliers et de la proximité avec le « chef ». Cette gestion d’un autre âge, fondée sur la crainte, le silence et l’entre-soi, a fini par produire ce que toute gouvernance clanique produit tôt ou tard : des scandales, des jugements et des sanctions. Non, Monsieur Oyima, le problème n’est pas Kerangall. Le problème, c’est votre mode de gouvernance. Ce sont les pratiques que vous avez imposées et encouragées. C’est le silence que vous avez exigé, les carrières que vous avez brisées, les lois que vous avez contournées. À ce sujet, nous apprenons (sans surprise), au moment où nous mettons sous presse, que BGFI Holding Corporation et BGFIBank Gabon ont refusé d’exécuter le jugement du tribunal du travail qui les a solidairement condamnés le 26 mai 2025 pour licenciement abusif dans l’affaire Pierrick Obiang Edou. Mais un signal ne trompe pas : la mobilisation soudaine et spectaculaire de quatre avocats par la banque pour obtenir une défense à exécution afin d’affronter un seul confrère, Me Mfoumbi.
Ce n’est pas une stratégie juridique. C’est un aveu de faiblesse. Une panique camouflée sous des toges. C’est la preuve que BGFIBank et ses dirigeants sentent le sol se dérober sous leurs pieds. Car dans les faits, tout est clair : les jugements sont limpides ; la procédure a été menée dans les règles ; et les droits bafoués par la banque sont désormais incontestables. Ce renfort d’avocats de prestige n’a rien d’héroïque : c’est une manœuvre de dernier recours, un réflexe d’une institution rattrapée par ses propres turpitudes, qui croit encore que le poids des noms peut inverser la logique du droit. Mais au Gabon, la justice et le droit ne se plient plus au pouvoir des puissants. Et le déséquilibre numérique à l’audience ne masque plus la vérité.
Si l’affaire était juridiquement solide, il n’aurait suffi que d’un seul avocat. Mais à BGFIBank, on sort l’artillerie quand on sait qu’on va perdre. L’histoire jugera. Et la justice aussi. Vous ne serez pas éternel, Monsieur Oyima. Mais les vies que vous avez abîmées auront besoin de temps pour se reconstruire. Et pour cela, il faut commencer par vous nommer pour ce que vous êtes devenu : un obstacle à la transparence, à l’éthique et à l’avenir du secteur financier africain.
Kerangall a peut-être levé la première pierre. Il faut maintenant faire tomber le mur.
Ce que Kerangall a révélé, ce ne sont pas des anecdotes. Ce sont des pratiques systémiques. Il a pointé l’incohérence d’un empire financier qui prêche l’excellence mais pratique l’abus, qui vante l’innovation tout en reproduisant les logiques féodales les plus archaïques.
Et ce que ses dénonciations ont permis, c’est de montrer au grand jour ce que beaucoup savaient, mais que personne n’osait dire : que l’empire Oyima est assis sur un tas de cendres, et que son effondrement n’est plus une hypothèse, mais une question de temps. Monsieur Oyima, tenez-le-vous pour dit : le vrai changement n’est pas dans les discours ni dans les citations pompeuses et caricaturales dont vous ne vous départissiez jamais. Il est dans les actes courageux de ceux qui, comme Kerangall, refusent de baisser la tête. Et si dénoncer l’injustice, c’est « gesticuler », alors oui, le Gabon a besoin de plus de gesticulations.
Car les temps changent. La parole se libère. Et plus personne ne croit au mythe du grand financier africain quand la réalité est bien moins reluisante. Un système pourri, piloté par un homme qui se dit « plus jeune que jamais » (Peut-être que l’excès d’anti-rides de La Prairie a cette vertu, mais il n’en est rien : les 70 piges se voient parfaitement !), plus soucieux de protéger ses intérêts que de respecter l’État de droit.
Sous Oyima, la banque n’est plus au service du développement économique, mais d’une minorité liée par les intérêts, les réseaux et les secrets d’alcôve. Les recrutements se font par affinité, les promotions par allégeance ou sur canapé, et les sanctions par caprice. Tout cela sous couvert de « stratégie ». Une stratégie qui a surtout permis à quelques-uns de s’enrichir, pendant que d’autres, collaborateurs, partenaires et clients, payaient les pots cassés.
L’argent de la banque au service d’un harem de luxe
BGFIBank est une banque en lambeaux, marquée par une gouvernance en décomposition. Mais ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Depuis des années, d’importants fonds sont détournés à des fins personnelles : voyages privés (notamment à Dubaï, la destination favorite du roitelet), location d’appartements luxueux avec équipements, financement de projets immobiliers, véhicules de fonction pour contenter les obligés, fêtes privées, faveurs diverses… Le tout pour entretenir un véritable harem de femmes, complices ou réduites au silence, logées, nourries et couvertes de cadeaux… aux frais des clients et des actionnaires. BGFI n’est plus une banque : c’est une cour, avec son roitelet, ses favorites et ses obligés. Et tant pis pour les employés qu’on exploite, les partenaires qu’on trahit ou les hommes intègres qu’on tente de briser.
Harcèlement moral et sexuel : les langues se délient
Ce qui se passe dans les coulisses du groupe BGFIBank relève du scandale absolu. Les témoignages affluent : des étudiantes de la BGFI Business School, des jeunes femmes recrutées pour le service d’accueil dans les agences bancaires, harcelées par les hommes de main d’Oyima, humiliées, poussées à des relations sous contrainte morale ou professionnelle par « le Chef » et ses sbires. Des pratiques indignes, destructrices, couvertes pendant des années par la peur et le silence. Mais ce silence se fissure. Des victimes parlent. Des collaborateurs dénoncent des mutations et des rétrogradations. Un dossier exclusif est en cours de finalisation. Il révélera les détails glaçants de ce que subissent les jeunes femmes dans l’orbite d’Oyima, et il sera remis aux juridictions compétentes ainsi qu’aux instances internationales. Qu’on se le dise : nous n’avons pas affaire à un dirigeant mal inspiré, mais à un homme qui pense que le pouvoir l’exonère de toute règle, de toute morale, de toute responsabilité. Des témoignages concordants font état de harcèlement moral et sexuel systémique, notamment à la BGFI Business School, vivier de jeunes femmes brillantes devenues, pour certaines, des cibles du PDG lui-même. Dès leur recrutement, elles subissent pressions, promesses, chantages voilés, dans un contexte où tout le monde sait, mais où tout le monde se tait. Pourquoi ? Parce que l’homme qui harcèle est aussi celui qui décide des carrières, des salaires, des postes et des protections.
Mais un incident, gravissime et public, survenu en 2016, est venu briser le silence feutré. Cette année-là , Madame Henriette Oyima, épouse légitime du PDG, fait irruption, armée, dans les locaux de BGFI Holding à Libreville, bien décidée à en découdre avec l’une des nombreuses maîtresses de son mari… et sa propre mère. Pourquoi cette explosion ? Parce que la mère, employée à BGFI Holding Corporation elle aussi et proche collaboratrice du PDG pendant 15 ans, avait entretenu des relations intimes avec Oyima pendant plusieurs années, avant, selon les témoignages, de « livrer » au Chef sa propre fille, que Madame Oyima avait vue grandir. La purge de la mère, de la fille et des hommes de main du PDG avait suffi à calmer Madame. Puis l’incident fut couvert et étouffé, mais connu de tous les milieux financiers, politiques et judiciaires de Libreville. Un scandale à huis clos, mais qui illustre parfaitement la perversion d’un système dans lequel les fonctions professionnelles ne servent plus qu’à habiller des pratiques de domination, d’abus et de manipulation.
L’heure des comptes a sonné
Henri-Claude Oyima ne dirige plus un groupe bancaire : il entretient un réseau de domination fondé sur la peur, le sexe, l’argent et la corruption. Il a piétiné la dignité des autres, trahi la mission qui lui avait été confiée par les propriétaires historiques de BGFIBank dont Christian Kerangall et méprisé les lois. Mais il ne contrôle plus le récit. Le monde regarde. Et les victimes parlent. Il pense que le silence peut s’acheter, que la peur suffit à contenir la vérité. Mais les temps ont changé. Un homme qui n’accepte la critique que si elle le caresse dans le sens du pouvoir. Dès qu’elle gratte, il hurle à la trahison. En vérité, si Henri Claude Oyima a tenté de refaire le monde depuis Douala, avec le cynisme et le mépris qui le caractérisent, c’est sans nul doute parce qu’il sent que le vent tourne, et qu’à l’ère de la transparence et de la responsabilité, le temps de l’intimidation systématique touche à sa fin. Et dans ce contexte, les gesticulations ne sont peut-être pas du côté que l’on croit. Le seul réfractaire au changement, c’est Oyima. Un dirigeant qui, après quatre décennies de gouvernance, s’y accroche encore comme un mort de faim et qui, par conséquent, n’a pas été capable de préparer sa succession ni de sortir par la grande porte.
Oui, par la grande porte, à l’instar du très respectable Aliko Dangote qui a récemment quitté la tête de l’empire qu’il a lui-même fondé (ce qui n’est pas le cas d’Oyima).