BGFIBank : le hold-up boursier

L’introduction en bourse de la honte. Sous couvert d’ouverture du capital, Henri-Claude OYIMA organise en réalité la dilution des actionnaires historiques pour blanchir et préserver son pouvoir ; puis de contrecarrer les velléités de reprise en main par l’Etat Gabonais. Derrière le discours présentant cette opération comme « un levier pour l’expansion stratégique et le financement du nouveau plan d’entreprise 2026-2030 », se cache une manÅ“uvre méthodiquement orchestrée par Henri-Claude OYIMA pour affaiblir les actionnaires historiques (privés et institutionnels) et verrouiller définitivement le contrôle du groupe par sa holding familiale Nahor Capital. Ce projet d’introduction en bourse précipitamment annoncé le 6 décembre 2024 depuis Douala au Cameroun, sans consultation préalable du Conseil d’Administration et encore moins de l’Assemblée Générale des actionnaires, était une tentative éhontée de fuite en avant. En effet, les réformes impulsées par le Président de la République Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA avait conduit les autorités judiciaires à adresser 2 jours plus tôt une réquisition au Président-Directeur Général du Groupe BGFIBank, ce à quoi ce dernier avait répondu par un grand cynisme et un profond mépris… tout simplement OYIMA dans le texte.

Henri-Claude OYIMA veut endormir et tromper tout le monde tout le temps

 Par ailleurs, il est clairement établi que cette opération est sans fondement économique ni transparence. Aucune analyse sérieuse ne justifie cette introduction en bourse à ce stade. La structure actionnariale du groupe est stable, sa notoriété et son rayonnement à l’international sont régulièrement vantés comme la plus belle « success story » par le même omnipotent Président Directeur Général. Personne n’a oublié sa pompeuse métaphore de « l’avion a posé en douceur »…pour justifier à sa manière son cumul de fonctions de dirigeant d’un groupe bancaire et de Ministre de l’Economie et des Finances. De plus, les performances financières du groupe qui sont chaque année « plus exceptionnelles » que les précédentes, font l’objet de présentations en grandes pompes tous les 6 mois et sont relayées à grand renfort de communication. Pour rappel, les réalisations 2024 sont les suivantes : un total bilan de 6 000 milliards FCFA, des fonds propres de 710 milliards FCFA (dont 573 milliards FCFA part du Groupe), des dépôts clients de 3 883 milliards FCFA, des crédits à la clientèle de 3 562 milliards, une trésorerie nette de 767 milliards, un produit net bancaire de 347 milliards FCFA, un résultat net de 122 milliards FCFA. Dans ce contexte glorieux, comment justifier que pour cette opération boursière, Henri-Claude OYIMA et ses ingénieux financiers aient décidé de diviser la valeur nominale des actions, passant de 90 000 FCFA à 10 000 FCFA ? Le flou est total et tout laisse penser qu’il s’agit d’une manÅ“uvre cynique et dangereuse d’autant que la valeur mathématique de l’action BGFIBank se situe entre 350 000 mille FCFA et 400 000 mille FCFA. Ils décident donc volontairement de perdre un sacré pactole…la ficelle est quand même trop grosse !

Une tentative de dilution des actionnaires historiques

Le cœur du projet semble clair : diluer les actionnaires historiques, notamment les entités COMPAGNIE DU KOMO et surtout Delta Synergie qui depuis la Transition est dans le viseur des nouvelles autorités gabonaises (Cf. Communiqué n°55 du CTRI), au profit d’une nouvelle configuration actionnariale sur mesure. Une opération savamment préparée par OYIMA et ses obligés, pour disperser les parts de capital, affaiblir tout contre-pouvoir interne, et verrouiller le contrôle du groupe, même minoritaire. En d’autres termes, il s’agit de neutraliser les équilibres hérités de l’histoire du groupe, pour bâtir un « capitalisme de connivence » consolidé en façade de démocratie actionnariale.

Un bouclier contre la reprise en main des nouvelles autorités gabonaises

Le timing n’est pas anodin. Depuis son arrivée au pouvoir, le Président de la République Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA a affiché la volonté de remettre de l’ordre dans les secteurs clés de l’économie gabonaise. Des signaux clairs ont été envoyés : auditer les grandes entreprises, restaurer l’éthique, traquer les abus de pouvoir. Face à ces intentions fort louables, OYIMA semble vouloir s’abriter derrière les marchés financiers et une façade de gouvernance « modernisée », pour rendre plus difficile toute tentative de reprise en main par l’Etat. Il s’agit donc, ni plus ni moins, d’une stratégie de fuite en avant, masquée sous le vernis d’une opération de marché.

Une opération mafieuse en col blanc

Certains analystes financiers et observateurs du secteur bancaire n’hésitent plus à parler d’opération mafieuse en col blanc, tant la méthode s’apparente à une captation organisée d’un bien collectif. Car derrière cette tentative d’introduction en bourse, il y a une réalité : BGFIBank n’est pas la propriété privée d’un homme, mais le produit d’un héritage, d’un effort collectif, et de décennies de construction institutionnelle. Diluer ses actionnaires historiques pour échapper à leur contrôle, c’est piller sans bruit ce que d’autres ont contribué à bâtir.

L’heure de la vigilance collective

Face à une telle entreprise, le silence serait une complicité. Il est urgent que : Les autorités de régulation financière ouvrent une enquête sur les véritables objectifs de l’opération ;

Les actionnaires historiques s’unissent pour bloquer la dilution programmée ;

BGFIBank ne doit pas devenir le paradis d’une gouvernance prédatrice maquillée en capitalisme éclairé. L’histoire retiendra que l’un de ses actionnaires historiques, Christian KERANGALL, emblématique Président-Directeur Général de la COMPAGNIE DU KOMO, a fort justement décidé de ne pas cautionner la forfaiture mise en Å“uvre par Henri-Claude OYIMA. Dans une interview d’une grande clarté et empreinte de responsabilité, il a parfaitement édifié l’opinion nationale et internationale sur ce que nous mettons en relief dans ce dossier spécial. On y a notamment appris avec stupéfaction « qu’il y a eu un ” cafouillage ” lors du dépouillement des votes, dont il ne sait s’il était prémédité ou non. Toujours est-il que les votes de certains actionnaires n’ont pas été correctement retranscrits et que s’il en avait été autrement, le vote sur l’introduction en bourse aurait été rejeté ». Il a aussi clairement indiqué que « le sujet est entre les mains de la justice gabonaise, puisqu’un groupe d’actionnaires, dont il fait partie, a introduit une action aux fins de rectification du vote au motif que la minorité de blocage a voté contre ». Les apparences sont donc bien rodées : assemblées générales convoquées dans les délais, procès-verbaux rédigés en bonne et due forme, discours enflammés sur la bonne gouvernance. Mais en réalité, la démocratie actionnariale au sein du groupe BGFIBank n’est qu’un théâtre d’ombres, savamment mis en scène par Henri-Claude OYIMA, maître incontesté des lieux depuis quatre décennies. Les votes ? Une illusion. Les résolutions sont préécrites, les votes truqués ou télécommandés, et les minoritaires écrasés par des mécanismes de procurations douteuses, parfois signées sous contrainte ou usurpées. Des actionnaires se retrouvent exclus, ignorés ou mis devant le fait accompli. Ceux qui osent voter contre la ligne fixée sont menacés de représailles professionnelles, voire écartés du tour de table à la faveur de montages opaques. L’introduction en bourse du groupe n’échappe pas à ce schéma. Le processus censé reposer sur l’adhésion libre et éclairée des actionnaires est, en fait, imposé dans l’opacité la plus totale, au mépris de la transparence requise par toute opération de marché. Partant de tout ce qui précède, il ne fait aucun doute que cette introduction en bourse apparaît comme un bouclier politique et financier, destiné à diluer les actionnaires historiques et à protéger le système actuel de gouvernance contre toute velléité de restructuration ou de contrôle public renforcé. Une telle opération, si elle venait à être menée sans transparence sur les objectifs réels, les bénéficiaires économiques finaux et les mécanismes d’attribution des titres, pourrait s’apparenter à une instrumentalisation des marchés financiers à des fins de maintien du pouvoir personnel.

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