Bilie-By-Nze écroué : une affaire de 2008 rattrape l’ancien Premier ministre

L’ancien Premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze a été placé sous mandat de dépôt jeudi 16 avril au soir, quarante-huit heures après son interpellation à son domicile.

La décision est intervenue à l’issue de sa présentation devant le juge d’instruction du tribunal de première instance de Libreville. Il fait face à des accusations d’escroquerie et d’abus de confiance liées à une affaire financière remontant à 2008, évaluée à environ 5 millions de francs CFA. Au terme de l’audience, le magistrat instructeur a ordonné son incarcération provisoire. L’ancien chef du gouvernement a été transféré à la maison d’arrêt de Libreville, où il a passé ses premières heures en détention. La procédure s’est déroulée dans un contexte marqué par une forte tension.

L’ex-Premier ministre a été présenté au tribunal aux environs de 20 heures. Les débats se sont ouverts sans la présence immédiate de ses avocats. Ces derniers, informés tardivement, ont rejoint la salle près d’une heure après le début de l’audience. Durant cette première phase, Alain-Claude Bilie-By-Nze a répondu seul aux interrogations du magistrat instructeur. À l’issue des échanges, aucune alternative à la détention n’a été retenue, notamment le contrôle judiciaire. Le juge a privilégié la mesure la plus restrictive, à savoir la détention provisoire.

Une affaire ancienne au cœur des débats

Le dossier repose sur un différend financier vieux de dix-huit ans. La plaignante aurait réactivé ses démarches il y a environ un an afin d’obtenir le remboursement des fonds avancés. Cet élément occupe une place centrale dans les discussions juridiques, notamment en lien avec la question de la prescription. La défense rejette cette interprétation et estime que les conditions nécessaires à une interruption de prescription ne sont pas réunies.

Les faits remontent à 2008, lors de l’organisation d’une activité culturelle portée par un comité lié à des responsables politiques de l’époque. Des retards dans le déblocage de financements publics auraient conduit plusieurs membres à avancer des fonds personnels afin de permettre la tenue de l’événement. Des témoignages évoquent des contributions volontaires réunies au sein du comité. La plaignante aurait versé 5 millions de francs CFA, tandis qu’Alain-Claude Bilie-By-Nze aurait contribué à hauteur de 3 millions de francs CFA. L’ensemble des sommes mobilisées est estimé à près de 9 millions de francs CFA. La nature exacte de ces apports reste au centre des interrogations : avance remboursable, prêt informel ou engagement collectif sans cadre contractuel formalisé. Cette ambiguïté nourrit aujourd’hui les interprétations judiciaires. Après l’absence de décaissement des fonds publics attendus, la plaignante se serait tournée vers le responsable du comité afin d’obtenir restitution des sommes engagées. Une promesse de régularisation aurait été formulée. Cette promesse, restée sans suite, constitue le point de départ de la procédure judiciaire relancée plusieurs années plus tard, ayant conduit à la mise en détention de l’ancien Premier ministre.

Contestation de la défense

La défense, représentée par Me Sarah Ognyane, conteste fermement la procédure ainsi que les qualifications retenues. Elle rappelle que les contributions financières s’inscrivaient dans un cadre collectif et volontaire. Elle remet également en cause les conditions de l’interpellation, évoquant une intervention initialement non clairement identifiée avant confirmation ultérieure. Sur le plan juridique, elle rejette les infractions d’escroquerie et d’abus de confiance, estimant que les éléments constitutifs ne sont pas réunis, notamment en l’absence de remise frauduleuse ou de mandat formel. Une prise de parole plus détaillée est annoncée dans les prochains jours afin d’exposer la lecture complète de la défense.

Un dossier à résonance politique

Au-delà du volet judiciaire, l’affaire intervient dans un climat politique particulier. Ces dernières semaines, Alain-Claude Bilie-By-Nze s’était exprimé dans plusieurs médias internationaux, évoquant des tensions et pressions liées à ses positions. Son incarcération suscite des lectures divergentes : certains y voient une affaire judiciaire classique, d’autres dénoncent une instrumentalisation du dossier. L’instruction se poursuit désormais, tandis que l’ancien Premier ministre prépare sa défense depuis sa cellule à la maison d’arrêt de Libreville.

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