Une ambition africaine de bon aloi

Le président de la République a clairement exprimé, dans son discours à l’occasion de la fête de l’indépendance, son vœu de voir le Gabon abriter le prochain sommet des chefs d’État de l’Union africaine (UA). Ce n’est pas une ambition démesurée. Brice Clotaire Oligui Nguema et le Gabon d’aujourd’hui ne manquent pas d’arguments. Le nouveau dirigeant a été élu proprement, pour ne pas dire plébiscité par des compatriotes qui lui témoignaient leur reconnaissance pour les avoir débarrassés d’un imposteur, en même temps qu’ils saluaient une transition exemplaire. En ce qui le concerne, le pays peut se targuer de disposer des structures de base à l’effet d’accueillir un événement d’une telle envergure. A commencer par la cité de la Démocratie new look, un joyau architectural qui permettra de rompre avec le spectacle désolant des tentes climatisées du temps des inféconds mais ruineux New York Forum Africa, au cours du premier septennat du fêtard d’Ali Bongo Ondimba. C’est lui qui fit raser la première version de la cité de la Démocratie en vue d’y mettre un parcours de golf censé attirer les touristes adeptes de ce sport sélect. Des années plus tard, la nature ayant horreur du vide, une forêt secondaire y avait pris place. Des hôtels dignes des futurs hôtes de marque ne manquent pas dans la capitale gabonaise. Un sommet des chefs d’État de l’UA ayant également un volet touristique, il y a effectivement des choses à voir à Libreville. Inauguré dans la foulée de la Fête nationale, le monument Georges-Damas-Aleka peut avoir commune mesure avec l’Arc de Triomphe au bout de l’avenue des Champs Élysées, à Paris. Toujours sur le front de mer, la Baie des Rois est désormais une attraction pour quiconque est de passage à Libreville. A quelques encablures se dressent le rutilant bâtiment abritant le ministère des Affaires étrangères et la cathédrale Sainte-Marie, elle aussi rénovée. Les dirigeants du continent pourront aller s’enivrer de la contemplation du monument de la Libération, à l’ancien Jardin botanique. Au dîner de clôture du sommet, il leur sera forcément servi des éléments de la culture gabonaise, notamment des ballets traditionnels. Cinquante ans après avoir abrité un sommet de l’Organisation de l’unité africaine (OUA, ancêtre de l’UA), le Gabon mérite d’accueillir de nouveau les dirigeants du continent. En 1977, le bâtisseur Omar Bongo avait donné à voir un pays en pleine construction en dix-sept ans d’indépendance. Dans cette lancée, la capitale eut droit à l’immeuble Rénovation, à l’hypermarché Mbolo, à l’époque le plus grand de l’Afrique centrale, à des hôtels de haut standing comme Okoumé Palace et Ré-Ndama, dont l’exploitation fut confiée à de grands groupes occidentaux qui ne seront pas cités parce que cet espace n’est pas le lieu de leur publicité. Mais les générations des quadragénaires et plus s’en souviennent. Le président Bongo n’avait pas oublié les logements sociaux, par exemple la cité Likouala, et ceux des cadres, à l’image des cités des Trois-Quartiers, Charbonnages et 90 Logements pour les enseignants du supérieur notamment. Sauf que nombre de ces édifices sont aujourd’hui en décrépitude. Pourquoi ? Parce que Omar Bongo avait fait passer au second plan le grand chantier qu’est l’être humain. Il a laissé prospérer des mœurs aux antipodes du respect du bien public. L’une d’elles se nomme le détournement des chapitres destinés à l’entretien des édifices. On peut y ajouter le je-m’en-foutisme des citoyens. Quant à lui, le président avait péché par la soif de pouvoir. A un moment, Omar Bongo n’était préoccupé que par son maintien au trône. Pour se garantir le pouvoir à vie, il étouffait les foyers de contestation par l’achat de conscience des voix discordantes, les opposants et les syndicalistes. Un brin machiavélique, le président n’hésitait pas à allumer des contre-feux, à fabriquer ses opposants et ses leaders syndicaux, y compris dans les milieux universitaires et estudiantins. En l’espace de deux mois, Brice Clotaire Oligui Nguema a annoncé sa candidature à un second mandat. D’abord subtilement devant les parlementaires réunis en congrès à la mi- juin. Ensuite explicitement à la veille de la fête de l’indépendance, au cours du marathon des inaugurations des édifices publics. Rien d’anormal. La Constitution lui donne le droit de postuler à un second septennat. Les candidatures sont ouvertes depuis la proclamation par la Cour constitutionnelle des résultats de la présidentielle du 12 avril 2025, qu’il a remportée dans un fauteuil. Gare, cependant, à la soif de pouvoir qui a caractérisé l’autre bâtisseur, que l’actuel président a connu et servi fidèlement, dont il est par moments un épigone. Jugée prématurée, la déclaration de candidature de Brice Clotaire Oligui Nguema a donné de la matière à ceux qui le soupçonnent de vouloir modifier la Constitution afin de faire sauter le verrou qui limite le nombre des mandats à deux septennats consécutifs. Les spéculations vont bon train. Il est vrai que les fréquentations du président gabonais, y compris pendant la fête de l’indépendance, alimentent les craintes. En principe, si les Gabonais lui accordent de nouveau leurs suffrages en 2032, puisqu’il a déjà annoncé sa candidature, Brice Clotaire Oligui Nguema en a jusqu’en 2039 tout au plus. Et, au terme de la Constitution dont il a été le promoteur en novembre 2024, aucun membre de sa famille directe ne peut lui succéder. Exit la dévolution monarchique du pouvoir qui se mijotait en 2023, à laquelle il mit un terme par le coup de la Libération, entrant ainsi de façon triomphale dans l’histoire.

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